NIASSE DISQUALIFIE POUR LE SECOND TOUR: Les raisons de l’échec de Bennoo

Publié le par farbasy

PICT2207Moustapha Niasse est recalé pour le second tour. En dépit de la grande coalition qui avait porté  sa candidature, le leader de l’Afp a échoué dans son ultime tentative de conquête de la magistrature suprême. Nouvel Horizon tente de décrypter les raisons de cet échec.

 

« Nous n’avons pas fait de pré campagne, notre campagne a été limite. Et on n’avait pas de moyens financiers». Cette complainte d’un haut responsable de Bennoo rencontré mardi au siège du directoire de campagne de Niasse témoigne de la déception qui anime en ce moment  les membres de cette coalition. C’est avec amertume que ces derniers accueillent les résultats disqualifiant leur candidat pour le second tour. Crédité entre 14 et 18% de voix loin derrière Wade et Macky Sall respectivement 34 et 26% de voix, le porte-drapeau de Bennoo n’aura pas le privilège d’accéder à la magistrature suprême. En tout cas pas en 2012.

Tanor et le Ps au banc des accusés

Deux jours après le scrutin historique du 26 février, l’heure n’était pas à la fête au quartier général de Niasse sis sur les Allées Seydou Nourou Tall à Dakar. L’endroit qui grouillait de responsables et militants politiques durant la campagne électorale est désormais déserté. Seuls quelques jeunes chargés de compiler les résultats des comités électoraux départementaux sont trouvés sur les lieux. Dans une ambiance toute studieuse, ils remplissent la grande salle de réunion du rez-de chaussez du directoire de procès-verbaux de vote provenant des quatre coins du Sénégal. Au fil des calculs, le rêve de qualification au second tour s’envole laissant place à une colère. Colère contre la Parti socialiste qui n’a pas voulu se ranger derrière Moustapha Niasse lorsqu’il fallait désigner le candidat de l’unité et du rassemblement de Bennoo Siggil Senegaal. Sous prétexte que leur formation politique est la plus représentative de l’opposition, les socialistes avaient préféré faire bande à part. Une posture sécessionniste du Ps que les électeurs ont sanctionné dimanche dernier. Ousmane Tanor Dieng est crédité de près de 11% des voix, soit le plus mauvais score du Ps à une élection présidentielle. Non seulement Ousmane Tanor Dieng s’est classé derrière Moustapha Niasse, mais aussi sa candidature a empêché à Bennoo d’accéder au second tour. Cette coalition avait fait de l’application stricte des conclusions des assises nationales la base de son programme. Assez pour déclencher des critiques acerbes contre le secrétaire général du Parti socialiste. « C’est clair, Tanor a cassé la plus grande dynamique qu’il devait y avoir au Sénégal et après il crie au complot », attaque sur Facebook un électeur dépité par le Ps. Même attitude du côté du Qg de Niasse où Tanor est considéré comme le principal saboteur de l’accès du peuple des assises nationales aux futures instances de décision.

Désorganisation et absence de liquidités ont plombé la campagne

Outre la candidature d’Ousmane Tanor Dieng, d’autres facteurs ont causé la défaite de Niasse. En premier lieu figure une campagne électorale pour le moins chaotique. Après une première semaine d’hésitations à cause de la décision du M23 de ne battre campagne que contre la candidature de Wade, Moustapha Niasse s’est finalement  affranchi de l’emprise d’Alioune Tine et compagnie. A moins de quinze jours de la présidentielle, Bennoo a enfin décidé d’aller à la rencontre des Sénégalais à travers des caravanes. Pendant ce temps, les candidats Abdoulaye Wade et Macky Sall avaient commencé depuis plus d’une semaine à sillonner l’intérieur du pays où ils ont tenu des meetings en bonne et dû forme. Là où Niasse se contente de haltes de quelques minutes dans les localités traversées, Wade et Macky organisent de grands rassemblements pour booster le moral de leurs supporters. Dans une grande ville comme Saint-louis, la caravane de Bennoo ne s’est arrêtée que pour près d’une heure de temps, juste le temps pour Niasse de s’adresser aux populations de la vieille ville. Pas de visite à la langue de barbarie (réputée être une niche d’électeurs) ni au quartier historique de l’île, Niasse s’est contenté d’une halte sur la route nationale, plus précisément à Pikine. Le même scénario sera répété dans plusieurs autres localités traversées. A Dagana, la caravane est arrivée en plein milieu de la nuit, moment où les habitants de cette localité étaient aux bras de Morphée. Diombass Diaw n’a pu accueillir Moustapha Niasse qu’entouré par quelques dizaines de militants de Bennoo. Trop peu pour succiter l’enthousiasme des habitants du Walo. A Podor, fief de la socialiste Aïssata Tall Sall, Niasse a fait le choix de ne pas y tenir un rassemblement politique à cause du deuil qui frappe les familles de victime de la répression des forces de l’ordre. De même, Bennoo n’a pas tenu campagne à Bakel, Tamba, Kedougou, Koungueul et Kaffrine, Guinguineo et Fatick pour cause de deux suspensions de campagne après des accidents qui ont successivement endeuillé la caravane de Niasse dans le département de Bakel et dans la ville de Kaolack. Conséquence de ces pauses répétées, les populations des localités privées de caravane se sont détournées de Niasse lors du vote. C’est ainsi que Mata Sy Diallo surnommée la lionne du Ndoucoumane a été battue dans les départements de Kaffrine et Mbirkilane, de même que l’ancien ministre Seydou Sy Sall dans son fief de Koungueul et à Malem Hodar. De même, la suspension du meeting de clôture de Bennoo au stade Amadou Barry de Guédiawaye au lendemain de la mort par accident de deux militants après le rassemblement de Kaolack a certainement été une des causes de la défaite de Niasse dans la banlieue. Ce, en dépit de la campagne de proximité que Malick Gakou, numéro deux de l’Afp, avait initié dans la zone depuis le début de la campagne.

Enfin, l’argent a fait défaut à l’équipe de Niasse. De l’aveu d’un membre de la jeunesse de Bennoo, les moyens financiers manquaient cruellement. « Nous n’avions reçu que 3 millions pour faire des caravanes dans l’ensemble des universités et centres universitaire de recherche. Là où la jeunesse de l’Apr était dotée de 21 millions de francs », confesse avec dépit un jeune supporter de Niasse. Preuve de ce manque de liquidités, l’équipe de campagne de Bennoo n’a pas été en mesure d’affréter un bus pour les journalistes désireux de couvrir la tournée de Niasse dans les régions de Diourbel, Kaolack et Kaffrine. Certains confrères ont été obligés de dépendre de leurs propres moyens pour suivre le candidat. Au finish, le premier tour de l’élection présidentielle a démontré que les moyens financiers sont essentiels pour gagner le suffrage des électeurs. Abdoulaye Wade et Macky Sall ont déboursé beaucoup d’argent lors de cette campagne, d’où leur qualification au second tour. Bennoo a voulu jouer se la jouer modeste. Elle en récolte aujourd’hui les conséquences. Seule consolation pour cette coalition  Moustapha Niasse est devenu comme en 2000 le faiseur de roi de cette élection. Et cerise sur le gâteau, l’enfant de Keur Madiabel a remporté la guerre de leadership de Bennoo qui l’opposait au socialiste Ousmane Tanor Dieng. Trop peu, pour un homme à qui il ne manque dans son Cv que le titre prestigieux de président de la République.

Farba Alassane SY

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