ALLIANCE POUR LA REPUBLIQUE: Macky, l’arbre qui cache…le désert

Publié le par farbasy

L’Apr est un parti pas comme les autres. Il est composé essentiellement de militants novices en politique. La plupart des responsables locaux au niveau de la base sont loin d’être des barons politiques. Ce qui peut être à la fois un atout mais aussi un boulet pour le développement de cette formation politique.

En seulement trois ans d’existence, l’Apr/Yakaar a réussi le coup de maître d’avoir conquis haut la main le pouvoir. Ce parti se réclamant du « libéralisme social » a coiffé au poteau toutes les grandes formations politiques sénégalaises et relégué au second rang le très historique Parti socialiste, le redoutable Parti démocratique sénégalais, les influents partis de la gauche sénégalaise sans oublier l’Afp de l’homme d’Etat Moustapha Niasse et le non moins prometteur Rewmi d’Idrissa Seck. Au premier tour de la dernière présidentielle, la coalition Macky 2012, composée par l’Apr/Yakaar et un conglomérat de partis de seconds rangs, est parvenue à doubler le score de deux grandes coalitions que sont Bennoo Siggil Senegaal et Bennoo ak Tanor. Une première dans un Sénégal où les grands appareils ont toujours eu à régenter la vie politique. C’est un peu le remake de l’histoire biblique de David et Goliath. La minuscule Alliance pour la République dans le rôle de David, l’Afp et le Ps dans le rôle du géant Goliath. L’effet de la surprise passée, des questions surgissent. Quel est le secret de cette formation politique ? Qui sont les hommes et femmes qui la composent ? L’Apr sera-t-elle en mesure de rééditer aux législatives son exploit de la présidentielle ?

Sept militants sur dix sont novices en politique

De prime abord, on se rend compte que l’Apr est un parti indissociable à l’image de Macky Sall. Elle a été mise sur pied en décembre 2008 suite à la démission de ce dernier du Parti démocratique sénégalaise où il a été jusqu’à cette année le numéro deux juste derrière Me Abdoulaye Wade. Cette formation politique est en quelque sorte un instrument pour satisfaire l’ambition politique de son leader, tout comme d’ailleurs l’ont été le Pds de Wade 1974, l’Urd de Djibo Kâ 1998 et l’Afp de Moustapha Niasse en 1999. De l’avis d’Abdourahmane Ndiaye, administrateur du parti, la plupart des militants de l’Apr ont adhéré à l’Apr parce qu’ils ont été séduits par les qualités de Macky Sall à savoir la politesse, la courtoisie, simplicité et l’honnêteté. Comme on le voit, l’ombre tutélaire du leader semble être omniprésent. Ce d’autant plus que la plupart des « Apéristes » n’ont jamais fait auparavant de la politique. C’est d’ailleurs ce que renseigne l’administrateur de ce parti. « Sept militants de l’Apr sur dix n’ont jamais fait de la politique, certains n’ont même jamais voté », révèle-t-il.  Commentant cet état de fait, le gardien du temple de l’Apr estime que « Macky Sall a réussi la prouesse d’attirer cette masse morte du fichier électoral », c’est-à-dire les citoyens qui ne se sont jamais intéressés à la politique. Ces derniers voient en Macky Sall un nouveau type d’homme politique de par son caractère empreint d’éthique et son âge relativement jeune. Ces militants constituent la principale force de l’Apr de par leur important effectif. En mai 2010, soit moins de deux ans après la formation du parti, ils étaient 485 000 militants organisés  dans 4850 comités au Sénégal et dans la diaspora. Un chiffre qui a été fructifié puisqu’ils qu’ils étaient 719 369 Sénégalais à voter pour Macky Sall lors du premier tour de la présidentielle de 2012. A préciser aussi que l’Apr a obtenu un tel résultat grâce à la désunion de Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng. Le divorce entre ces deux mastodontes de la politique sénégalaise a été un signe de Bakara pour Macky qui s’était préparé à être le faiseur de roi entre Wade et Bennoo si la coalition de l’opposition avait maintenu son union jusqu’à l’élection présidentielle.

Le piège des législatives

En perspective des prochaines législatives, l’Apr/Yakaar a décidé de se coaliser avec un grand nombre de partis politiques et de mouvement citoyens. C’est l’option Bennoo Bokk Yakaar qui a été finalement prise. Logique avec lui-même, parce que porté au pinacle par la coalition Bennoo Bokk Yakkar, le président Macky Sall prend le contrepied de l’option qui a été théorisée par la plupart de ses lieutenants Apéristes. Ces derniers, trouvant en ces joutes législatives une occasion rêvée pour une place au soleil et ayant donc une courte vue, militaient pour la plupart pour des listes Apéristes. Unique moyen pour leur jeune formation politique de se tailler une majorité confortable à l’Assemblée et, par voie de conséquence, permettre au président Macky sall de dérouler sans anicroches, son programme pour le Sénégal. Toutefois, la décision finale faire front commun avec les alliés de BBY est judicieuse à plus d’un titre. En effet, ils  se sont battus ensemble dans le cadre de BBY durant l’entre-deux tours. Par la suite, ils ont gagné ensemble au soir du 25 mars et aujourd’hui, les membres de BBY sont en train de gouverner ensemble dans un même Gouvernement. Pourquoi ne pas donc aller ensemble à l’Assemblée nationale pour conforter l’élan déjà enclenché. Une telle option semble d’autant plus pertinente qu’à l’épreuve des douze années de règne presque sans partage de Wade, les Sénégalais semblent de plus en plus rétifs à donner presque un pouvoir absolu au président de la République. Aujourd’hui, l’ère des coalitions a plus que jamais sonné. Et tout porte à croire que Macky sall a bien apprécié les enjeux du moment quand on sait que, contrairement  à une présidentielle où l’image et le charisme du leader du parti priment, dans une élection législative ce sont les responsables locaux qui devront se aller au front. C’est le paramètre de la proximité qui a son pesant d’or. Le tout se joue au niveau de la représentativité du ou des leaders locaux. Dans cette logique, l’Apr/Yakaar aurait certainement laissé des plumes si elle avait décidé de faire bande à part. Novices en politique pour la plupart d’entre eux, les responsables locaux « Aperistes » se retrouveraient en pareil cas en compétition avec des barons politiques locaux des grands partis politiques. Et là, ce n’est pas évident qu’ils puissent sortir vainqueurs de ces duels. A titre d’exemple, Idrissa Seck et son parti feraient très certainement d’une bouchée à Thiès les responsables « Apéristes » locaux que sont le Dr Augustin Tine,  Seynabou Ndieguène et Abdou Mbow.  Dans le département de Pikine, les novices en politique, Abdoulaye Timbo, Awa Niang, Ngoné Ndiaye et Awa Mané auraient du mal à venir à bout de grosses pointures comme Pape Sagna Mbaye (Afp), Mamadou Seck et Aminata Lô (Pds). Que peut faire un Mbaye Ndiaye face aux ténors comme Khalifa Sall du Ps et pape Diop du Pds ? Le ministre Alioune Badara Cissé ne pèserait pas trop lourd face aux dinosaures libéraux de Saint-louis.

 Les exemples de ce genre sont légion dans les 45 départements du Sénégal. Ce qui fait dire qu’à l’Apr, Macky Sall est l’arbre qui cache…le désert. Hormis le leader du parti qui a eu un riche cursus dans une vie politique antérieure, la majorité de la troupe n’a pas de carrure politique. Les seuls à sortir du lot sont Alioune Badara Cissé, ancien  secrétaire général du Gouvernement, Mbaye Ndiaye et Moustapha Cissé Lô, tous les deux anciens députés. Toutefois, à en croire l’administrateur du parti, « l’Apr a fait le choix de créer des leaders plutôt que d’en recycler ». En d’autres termes, l’objectif de la formation politique dirigée par Macky est de transformer, dans un délai assez court, les novices en responsables politique. L’exemple parfait est celui d’Abdoulaye Baldé qui est parvenu en moins de dix ans à devenir la figure politique majeure en Casamance, lui qui n’a jamais eu un passé de militantisme. Pour arriver à faire des Baldé, Macky Sall devra nommer ses militants à de hautes postes de responsabilité histoire de leur donner une puissance financière pour faire de la politique. C’est dans cette logique qu’il faut décrypter les nominations au rang de ministre de plusieurs « Aperistes » comme Alioune Badara Cissé, Mbaye Niaye, Seydou Gueye, Benoit Sambou, Aly Koto Ndiaye, Mariama Sarr, Marième Badiane, Abou Lô etc ainsi que la désignation de Diene Farba Sarr pour diriger l’Apix. Et pour sûr, la liste des nominations va s’allonger au fil des semaines à venir ;

Farba Alassane SY

PROFILS

Ces responsables locaux de l’Apr

A l’Apr, tout est à faire. Ce parti est jeune et les structures existantes ne sont que provisoires en attendant la prochaine mise en place d’instances pérennes. Ce sera après les législatives une fois que Macky Sall aura une majorité confortable pour gouverner. En attendant cette échéance, des figures remarquables commencent à émerger dans les différents départements du Sénégal et au sein de la diaspora sénégalaise.

A titre d’exemple, à Dakar, c’est l’ancien député libéral Mbaye Ndiaye,  Seydou Gueye ancien  responsable au Parti de la réforme et la dame Nancy Deme qui sortent du lot. Dans le département de Thiès, il s’agit du docteur Augustin Tine, Ndiaga Ndiaye et Seynabou Ndieguène. Les responsables départementaux de Pikine sont Abdoulaye Timbo, parent de Macky Sall et novice en politique ainsi que des dames Awa Niang de Dalifort, Awa Mané de Mbao et Ngoné Ndiaye. A Guédiawaye, les responsables sont Bougazelli, un transfuge du Pds et Djibi Ndoye un retraité et transfuge du Parti de la réforme.  A Rufisque, ce sont Homère Seck, beau-père de Macky Sall, Salam Gueye cadre dans le secteur de l’aéronautique et Adji Fatou Ndiaye qui mènent le La. A Saint-Louis, Alioune Badara Cissé s’impose, à ses côtés on peut citer Mansour Faye, homme d’affaire et frère de la première dame Marième Faye. Dans le département de Matam, on peut citer Farba Ngom, griot attitré de Macky Sall, le journaliste Abdou Abel Thiam et l’ancien député Mody Sy. Moustapha Cissé Lô s’impose naturellement dans le département de Mbacké de même que Benoit Sambou à Ziguinchor. A Kaolack, on note le leadership de Diene Farba Sarr, nouveau DG de l’Apix et d’Awa Gueye, responsable adjointe du mouvement national des femmes.

Farba Alassane SY

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