Les manifs dans l'histoire du Sénégal, de 1947 au 27 janvier 2012

Publié le par farbasy

 

PICT19019 octobre 1947-19 mars 1948: Grève des cheminots du Dakar/Niger

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les cheminots africains qui avaient combattu avec les Français se sont soulevé contre les injustices instaurées par le patronat. Cet épisode de l'histoire sénégalaise est retracée dans le roman « Les bouts de bois de Dieu » de Sembène Ousmane. Au cours de cette longue période de grève, les femmes des cheminots ont marché pendant six jours de Thiès à Dakar. Parties le 4 mars 1948 de la place du 1er septembre, elles sont arrivées à Dakar le 10 mars puis ont assisté à un meeting le même jour à l'hippodrome. Neuf jours plus tard, les grévistes obtiennent gain de cause le 19 mars 1948 après plusieurs mois marqués la violence, la famine et des cas de décès.

 

26 août 1958 à Dakar: Manifestations pour l'indépendance du Sénégal

A l'occasion de la venue du président français Charles De Gaulle, les partisans de Madia Diop, Majmoute Diop, Assane Seck et Abdoulaye Ly ont brandi des pancartes et des tracts où était inscrit les termes « Moom sa reew » (s’approprier son pays en wolof) ou « Jott sa reew » (récupérer son pays). Placés sur les itinéraires Patte d'oie-Dakar et Corniche Est, ces jeunes sont parvenus à glisser ces tracts dans les poches de De Gaulle pour s'assurer que leur message est bien arrivé à destination.

 

31 Juillet 1960: Echauffourées à Saint-Louis suite aux élections municipales

Militants de l'Ups et ceux du Pai se sont affronté ce jour là après la proclamation des résultats. Le partisans de Majmoute Diop  dénonçaient des bourrages d'urnes, Au cours de ces événements, le jeune Youssou Diop a perdu la vie, touché par une grenade lacrymogène. De même, une autre personne du nom de Adama Seye a perdu son bras. Majmoute Diop, leader du Pai a lui aussi été blessé.

 

1er décembre 1963: Violentes manifestations après les législatives

Au termes d'élections  marquées par la victoire du parti au pouvoir, l'opposition a  manifesté dans les grandes villes du Sénégal. A Dakar, le Pra Sénégal soutenu par le Front démocratique nationale, un cadre regroupant les Diaistes, le Pai, la Parti de la solidarité sénégalaise, le Bloc des masses du Sénégal, ainsi que les disciples du marabout Cheikh Ahmed Tidiane Sy, a affronté l'Ups. Pour mater la révolte, le pouvoir a utilisé des hélicoptères pour charger les manifestants. Bilan, plusieurs morts.

 

 

Du 7 mars au 10 juin 1968, Insurrection populaire

Durant cette période, le Sénégal a connu successivement des  grèves  d'étudiants, d'élèves et de travailleurs ainsi qu'une émeute urbaine. Cette crise a fait chanceler pendant une période le pouvoir de Senghor. A la suite de mai 68, le régime commencé à opérer une ouverture démocratique marquée d'abord par la création en 1969 du club Nation et développement à l'intérieur de l'Ups pour tenir en compte les péoccupations de la gauche sénégalaise puis la nomination en 1970 d'un Premier ministre en la personne de Abdou Diouf. Cet élan fut couronné en 1974 par l'autorisation à Abdoulaye Wade de créer un parti d'opposition, le Parti démocratique sénégalais.

 

Août 1985, Manifestation anti-apartheid réprimée à Dakar

Sur appel de l'Alliance démocratique sénégalaise regroupant les partis de l'opposition comme la Ld, la Pit, Aj et le Pds, les Sénégalais se sont mobilisé pour apporter leur soutien au leader de l'Anc Nelson Mandela incarcéré par le pouvoir sud-africain. Les forces de l'ordre ont chargé les manifestants puis arrêté Abdoulaye Bathily, leader de la Ld/Mpt.

 

Février 1988, Manifestions de contestation des résultats des élections

A l'issue d'élections législatives et présidentielles où le Ps est sorti largement vainqueur, de violentes manifestations ont eu lieu à Dakar et Thiès. Par décret numéro 88.229 du 29 février 1988, l’état d’urgence a été proclamé sur toute l’étendue du territoire de la région de Dakar. L'opposant Wade a été arrêté puis condamné à une peine d'un an de prison avec sursis. Toutefois, il a été amnistié au soir de la fête de Korité de la même année par le président Abdou Diouf.

 

14 février 1994, Violentes manifestations dans les rues de Dakar

Après un meeting organisé par la Coordination des forces démocratiques regroupant les partis de l'opposition et la société civile, une marche initiée par le mouvement des Moustarchidine pour la libération de son leader Serigne Moustapha Sy a viré au drame. Bilan: six policier tués, plusieurs blessés du côtés des manifestants ainsi que des arrestations.

 

1999, Marche pacifique du Frte pour la transparence des élections

Le Front pour la régularité et la transparence des élections, cadre regroupant quatre candidats à l'élection présidentielle à savoir Abdoulaye Wade, Moustapha Niasse, Djibo Kâ, Mademba Sock, Iba der Thiam a rassemblé plusieurs milliers de citoyens dans les rues de Dakar. Objectif, remettre en cause les conditions de l'impression secrète des cartes d'électeurs en Israël.

27 Janvier 2007, marche de l'opposition réprimée à Dakar

A quelques jours du début de la campagne électorale, la police a violemment réprimé une marche organisée par l'opposition pour dénoncer « la dérive autoritaire du régime de Wade ». Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse et Abdoulaye Bathily, tous candidat à la présidentielle ont été interpellés par la police en plein centre de Dakar.

19 mars 2011, la société civile au front contre Wade

A l’occasion du onzième anniversaire de l’alternance, la société civile a été aux avant-postes de la contestation contre le régime libéral. Ce jour-là, des rappeurs organisés au sein du collectif « Y en a marre » avaient réussi le pari de la mobilisation à la Place de l’Obélisque où des milliers de jeunes Sénégalais se sont  massés pour dénoncer les tares du système Wade. Au même moment, Sidy Lamine Niasse, patron du groupe de presse Wal Fadjiri, avait assemblé quelques autres milliers de Sénégalais à la Place de l’Indépendance pour contester Wade et son régime. La manif se tenait à quelques mètres du palais présidentiel, à l’occasion barricadé par les forces de l’ordre. L’opposition traditionnelle n’a pas été en reste. Bennoo a effectué une caravane dans la banlieue dakaroise, procession qui s’est terminée l’après midi à 18h au rond-point du Jet d’eau de la Sicap. Dans le camp d’en face, l’heure était aussi à la manif puisque des milliers de libéraux se sont retrouvés devant le Palais présidentiel pour célébrer les onze ans du pouvoir de Wade. A préciser que toutes ces manifestations s’étaient déroulées dans le calme grâce notamment aux forces de l’ordre qui avaient fait preuve de professionnalisme en encadrant tous les rassemblements.

 

23 Juin 2011, Le Peuple se dresse contre Wade

Pour la première fois depuis son accession à la magistrature suprême, le président Wade a reculé devant la pression populaire. A l’appel d’un front dénommé « Touche pas à ma constitution », des milliers de Sénégalais s’étaient dressés devant les grilles de l’Assemblée nationale pour s’opposer à l’adoption d’un projet de loi instituant l’adoption d’un ticket présidentiel. Devant l’ampleur de la mobilisation, le « renard » Wade n’a eu d’autre choix que de reculer. Ce jour-là, le pouvoir était à deux doigts de tomber.

 

23 Juillet 2011, La riposte de Wade contre l’affront du 23 juin  

Sonné par l’ampleur de la contestation du 23 juin, Wade est resté plus de 20 jours à concocter sa riposte. Celle-ci s’est déroulée le 23 juillet, jours où des milliers (les libéraux parlent de millions) de Sénégalais ont convergé à Mermoz pour soutenir la candidature de Wade fortement contestée par l’opposition. Celle-ci regroupée avec la société civile au sein du M23 avait aussi organisé une manif populaire à la Place de l’Obélisque.

 

23 septembre, faible manif de l’opposition contre la candidature de Wade

Visiblement essoufflé, le M23 s’est retrouvé à la Place de l’Obélisque pour exiger le retrait de la candidature de Wade. La foule n’a pas été au rendez-vous.

 

23 octobre 2011, Thies dit carton rouge à Wade

Soucieux de massifier le front de contestation, le M23 accepte l’intégration d’Idrissa Seck en son sein. Signe de cette alliance stratégique, la désormais traditionnelle manif du 23 a été délocalisée cette fois-ci à Thiès. Occasion saisie par l’ancien Premier ministre et maire de cette ville pour faire une démonstration de force dans une Place de France orange de monde. A préciser que la plupart des leaders de l’opposition n’avaient pas fait le déplacement. Parmi eux on peut citer Macky Sall, Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse.

 

28 novembre, le M23 à Tamba pour exiger la libération de Malick Noel Seck

 

Suite à l’emprisonnement du socialiste Malick Noel Seck, des milliers de militants du M23 ont manifesté à Tambacounda, ville où est détenu cet homme considéré par l’opposition comme un « prisonnier politique ». Malick Noel Seck a été condamné pour avoir envoyé une lettre ouverte au Conseil constitutionnel, lettre jugée outrageante et menaçante.  

 

23 décembre, un « congrès du peuple » à la Place de l’Obélisque

A l’occasion de cette énième manifestation contre la candidature de Wade, le M23 a réussi une mobilisation monstre à la Place de l’Obélisque. Autorisés à exhiber leurs couleurs respectives, ce qui n’était pas le cas lors des précédentes manifs, les partis politiques ont fait venir plusieurs milliers de leurs militants à Colobane. Pour la première fois depuis le 23 juin, le M23 a démontré qu’il a la capacité de mobilisation.

 

23 janvier 2012, le M23 à Guediawaye, le PDS à la Place de l’Obélisque

A moins d’une semaine du verdict du Conseil constitutionnel le M23 s’est retrouvé dans la banlieue pour pousser Wade à renoncer à sa candidature. A quelques kilomètres de là, le pouvoir a organisé un meeting à la Place de l’Obélisque pour défendre Wade et appeler à la paix civile.

 

27 janvier, le M23 attend le verdict du Conseil constitutionnel à la Place de l’Obélisque

Le jour J de la proclamation par le Conseil constitutionnel de la liste des candidats à la présidentielle de février, le M23 a tenu une manif à la désormais célèbre Place de l’Obélisque. Commencé dans une ambiance pacifique et même festive, le rassemblement s’est toutefois terminé la nuit dans la violence dès que le Conseil constitutionnel a validé la candidature de Wade. Bilan : un mort dans les rangs de la Police et plusieurs blessés du côté des manifestants.

Farba Alassane SY

 

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