YOUSSOU NDOUR PROBABLE CANDIDAT EN 2012: Une menace pour l'opposition politique

Publié le par farbasy

u1 youssou ndour2[1]Youssou Ndour candidat à la présidentielle de 2012, la classe politique serait la principale perdante. Certains Sénégalais blasés par les guéguerres de leadership dans les rangs de l'opposition politique pourraient se détourner de celle-ci pour accorder leurs voix à des candidats indépendants comme Youssou Ndour ou Ibrahima Fall.

 

Le 19 mars 2011, l'opposition et la société civile manifestent chacune de con côté contre la célébration, par les libéraux, du onzième anniversaire de régime de l'alternance. Incontestablement, le collectif des rappeurs « Y en a marre » et Sidy Lamine Niasse, Directeur général du groupe de presse Wal Fadjri ravissent la vedette à Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse, Abdoulaye Bathily et autres. Il faut dire que la place de l'Obélisque et celle de l'Indépendance, respectivement lieux de convergence des rappeurs de « Keur Gui » et du « Mollah de Khar Yallah », avaient refusé du monde au point de noyer la manif de Bennoo tenue au rond point du Jet d'eau de la Sicap. Ce jour là, les Sénégalais venaient de se rendre compte que la société civile est capable de mobiliser plus que les partis politiques. Cette force mobilisatrice, la société civile l'a encore démontrée à l'occasion de la chaude  journée du 23 juin 2011. Les jeunes de « Y en a marre » ainsi que les militants de mouvements citoyens comme entre autre Bess du Niakk et Luy Jot Jotna étaient aux avant-postes dans la contestation contre le défunt projet de loi sur le ticket présidentiel. Massés devant les grilles de l'Assemblée nationale, ces Sénégalais avaient fait preuve d'un engagement et d'une détermination que le Sénégal n'avait pas connu depuis le fameux mai 68 dakarois. Face à cette défiance populaire, le pouvoir recule finalement en retirant tout bonnement le controversé projet de loi. Dehors, le peuple jubile devant les grilles de l'Assemblée nationale. Fiers et jaloux de leur victoire, les manifestants empêchent toute tentative de récupération politique de leur succès. C'est ainsi que les leaders de Bennoo comme Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse ont été tièdement applaudis lorsqu'ils sont montés du haut du podium improvisé à la place Soweto. A la place de vivas que ces leaders de l'opposition traditionnelle espéraient recueillir, ces derniers ont été servis de phrases hostiles comme  « Nous ne sommes pas avec vous », « Ne nous volez pas notre victoire » ou encore « A bas les politiciens ».

 

Autant le dire, le leadership des hommes politiques est fortement bousculé par la société civile. L'opposition traditionnelle incarnée par Bennoo Siggil Senegaal est même à la remorque de cette société civile dans des combats cruciaux comme le rejet du ticket présidentiel ou encore le combat contre la troisième candidature du président Wade. L'initiative de la journée de la manifestation du 23 juin est partie d'un collectif dénommé « Touche pas à ma constitution » regroupant initialement des figures de la société civile comme Alioune Tine, Penda Mbow, Bara Tall, Me Mame Adama Guèye, le Pr Babacar Guèye etc. C'est par la suite que les hommes politiques ont rejoint le mouvement qui s'est muté, après le 23 juin, pour devenir le M23. Dans la croisade contre la candidature de Wade, ce sont encore Alioune Tine, Bara Tall, Cheikh Tidiane Gadio et autres qui se font les plus remarquer. Ce sont eux qui parcourent le monde pour vilipender le régime libéral, une tâche qui aurait dû être dévolue aux hommes politiques de l'opposition. Lorsqu'il a fallu convaincre le khalife général des mouride du bien fondé de la croisade contre la candidature de Wade, c'est encore Alioune Tine qui était le chef de délégation devant un ancien Premier ministre comme Macky Sall. Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng n'avaient pas, de leur côté, daigné faire le déplacement jusqu'à Touba. Gênés sans doute par ce leadership du patron de la Rencontre africaine pour la défence des droits de l'homme. 

 

La probabilité d'une candidature de Youssou Ndour à la prochaine présidentielle risque d'accentuer cette perte de vitesse de la classe politique de l'opposition. Ce, d'autant plus qu'on note, en son sein, une absence de leader charismatique, rassembleur et capable de porter les espoirs des nombreux déçus de l'alternance. A la différence des années 80 et 90 où Abdoulaye Wade était le chef incontesté des opposants au pouvoir socialiste de l'époque, aucun profil pareil n'émerge en 2012 des rangs de l'opposition. Au contraire, celle-ci est en ce moment traversée par des guéguerres de leadership entre chefs de partis. C'est le cas notamment entre Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse pour le contrôle de la coalition Bennoo Siggil Senegaal ou encore entre Macky Sall et Idrissa Seck qui se crêpent les chignons à cause d'une sombre histoire d'argent. A moins de trois mois d'une élection présidentielle cruciale pour leur avenir politique, ces derniers sont empêtrés dans des querelles stériles au moment où le président Wade entame en force sa pré-campagne électorale. Dans ce climat de désunion de l'opposition politique, les candidats indépendants comme Youssou Ndour et Ibrahima Fall pourraient faire le plein de voix en février 2012. Un scénario qui pourrait être  catastrophique pour la classe politique puisque synonyme de retraite politique pour Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng. Quant à Macky Sall et Idrissa Seck, leur traversée du désert au sein de l'opposition pourrait être prolongée par une société civile conquérante et désireuse d'en finir avec Wade et tous ses fils spirituels.

Farba Alassane SY

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