Vers une mascarade électorale au Burkina

Publié le par farbasy

Au moment où tout le monde retient son souffle avant la proclamation des résultats de la présidentielle guinéenne et s'intéresse grandement au duel Gbagbo/Ado que nous offre la Côte d'ivoire, une autre élection se prépare en Afrique de l'Ouest dans la quasi indifférence des « spectateurs sénégalais ».  Les Burkinabé iront aux urnes le 21 novembre prochain pour départager Blaise Compaoré de son opposition. Seulement, contrairement à la Guinée et à la Côte d'ivoire où un suspense plane sur les résultats des présentes consultations électorales, celle qui se déroulera au pays des « hommes intègres » ne laisse planer aucun doute sur sa finalité. En effet, à moins d'un cataclysme majeur, Blaise Compaoré gagnera haut la main cette présidentielle où il affrontera sept candidats de l'opposition. Dès lors, ce n'est par surprenant que ce scrutin ne déchaine pas les passions hors des frontières du Faso. Les Dakarois férus des consultations électorales étrangères n'auront pas le plaisir de voir les Burkinabé voter dans la capitale sénégalaise puisque la diaspora de ce pays n'a toujours pas le droit de voter à l'étranger. Ces Burkinabé de l'extérieur ne sont pas les seuls exclus du choix démocratique puisqu'une écrasante majorité des citoyens du Faso ne pourront même pas voter le 21 novembre prochain. Pour un pays comptant exactement 15 7776 232 habitants, la liste électorale ne compte que 3 300 000 d'inscrits. Et puis, il faut exclure parmi ce maigre effectif, un nombre non négligeable de personnes qui ne sont pas encore en possession de leur carte d'identité nationale, sésame obligatoire pour voter. Comme pour enlever tout crédit à cette élection, le parti au pouvoir a annoncé depuis quelques mois son intention de modifier l'article 37 de la constitution burkinabé afin de permettre à Compaoré de se représenter en 2015 à la prochaine présidentielle. Ainsi, dans la tête des tenants du régime de Ouagadougou, le scrutin du 21 novembre 2010 n'est qu'une petite formalité pour prolonger un règne qui dure déjà 23 ans. 

Décidément, Blaise Compaoré est plus doué à « faciliter » le processus démocratique à l'extérieur qu'à l'intérieur du Burkina. Après ses brillantes médiations au Togo, en Côte d'ivoire et en Guinée, le locataire du palais de Kosyam a dû mal à implanter une véritable démocratie dans son propre pays. Il est plutôt du genre à balayer la maison de ses voisins pendant que sa demeure est jonchée de détritus. Avec l'affaiblissement du leadership diplomatique sénégalais dans la sous-région, c'est un tel individu qui y devient le gendarme attitré. Le 21 novembre prochain, Blaise Compaoré aura une double victoire: d'abord celle occasionnée par sa très probable réélection qui sera accompagnée d'un sentiment de devoir accompli après le vote des ivoiriens pour le second tour de leur présidentielle. Ensuite, il pourra aussi se prévaloir le mérite d'avoir amené les Guinéens à désigner leur premier président démocratiquement élu.

Farba Alassane SY

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