Succession au pouvoir: Dakar sur les traces de Pyonyang?

Publié le par farbasy

«Dévolution monarchique du pouvoir », voilà sans doute le terme le plus utilisé ces temps-ci dans le landerneau politique sénégalais. Certains hommes politiques en ont même fait un fond de commerce pour justifier leur combat contre le régime libéral. Presse, politiques, sociétés civiles, mouvement citoyens, chacun y va de ses projections pour prédire une transmission prochaine du pouvoir entre père et fils Wade. La récente nomination de Karim Wade au poste de ministre de l’Énergie en plus de ses charges de ministre d’État de la Coopération internationale, des Transports aériens et des Infrastructures ne fait que renforcer ces suspicions. Selon le Parti socialiste, Wade est à un décret du « coup d’État légal », celui par lequel Wade nommerait son fils dauphin constitutionnel en le choisissant soit comme Président du Sénat soit encore comme Vice Président investi de la prérogative de la suppléance du Président de la République en cas de démission ou d’empêchement. Il faut dire que le chef de l’État a à sa disposition le pouvoir de nommer un vice président à qui il pourrait transférer beaucoup de ses prérogatives régaliennes.

La vieille démocratie sénégalaise n’est pas à l’abris d’une transmission dynastique du pouvoir. Rien ne s’oppose à ce que le président Wade âgé de 83 ans, nomme son fils comme vice-président de la République. Si un tel scénario se réalise, le Sénégal serait alors comparable à la Corée du nord. Ce pays où le dirigeant Kim Jong-Il, 68 ans et victime d’une attaque cérébrale en août 2008, a adoubé samedi dernier son fils Kim Jong Un comme son successeur à l’occasion d’une gigantesque parade militaire. Moins de deux semaines plutôt, le vieux dictateur nord-coréen avait pris le soin de nommer son fils au grade de général quatre étoiles et vice-président du parti unique de Corée du Nord.

Certes, ce lointain et étrange pays d’extrême orient n’est pas comparable au Sénégal. Notre pays ne connait pas une dictature militaire vieille de plus de 50 ans. Les libertés individuelles sont garanties par la Constitution au Sénégal contrairement en Corée du nord. Mais force est de constater que les dirigeants de ces deux pays forts éloignés géographiquement et culturellement nourrissent le même amour indéfectible envers leurs fils respectifs. Wade n’est pas loin de penser que Karim Wade est le Sénégalais le plus intelligent de sa génération. Non content de lui avoir confié l’organisation de la Conférence de l’Oci, Wade a fait de son fils le ministre le plus puissant que le Sénégal n’ait jamais connu en lui confiant le « Ciel, la Terre et le Feu ». Il ne reste plus qu’à lui confier les rênes du parti au pouvoir pour que Karim Wade devienne de fait le numéro deux du régime. Mais cette opération butte sur la résistance de libéraux de plus en plus nombreux. Kim Jong-Il, lui n’a pas les mêmes scrupules démocratiques que son homologue Wade. Il a tout bonnement imposé Kim Jong Un à la tête du Parti communiste nord coréen, le propulsant ainsi comme son dauphin. Il ne reste plus qu’à attendre le décès de Kim Jong-Il gravement malade pour que la succession dynastique se met en branle. Le démocrate Abdoulaye Wade suivra t-il les traces du vieux dictateur nord-coréen dans sa volonté de placer son cher Karim à la tête du Sénégal ? Si tel sera le cas, ce sera la fin d’une culture démocratique sénégalaise vieille de plus de 160 ans.

 

Farba Alassane SY

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