SERIE D'EPREUVES APRES LA PERTE DU POUVOIR: Wade, un retraité à plaindre

Publié le par farbasy

Cloitré depuis une dizaine de jours dans la résidence de Madické Niang, le désormais ancien chef de l’Etat vit ses premiers jours de retraite sous le signe du sauvetage du Parti démocratique sénégalais menacé d’implosion après sa débâcle électorale du 25 mars. De plus, des poursuites judiciaires planent sur la tête de Wade depuis la découverte du pillage du palais présidentiel.

 

Naguère tout puissant président de la République, Abdoulaye Wade est, depuis le 2 avril dernier tombé dans la banalité. Loin du palais de la République, le désormais ancien chef de l’Etat vit au quartier de Fann Résidence plus précisément à la rue Saint John Perse dans une villa que lui a prêtée Madické Niang, le dernier ministre des Affaires étrangères du régime de l’alternance. Il y séjournera le temps que les travaux de rénovation de sa villa du Point E soient terminés. Cloîtré dans une résidence située à quelques encablures de la demeure du désormais ex opposant Moustapha Niasse, Abdoulaye Wade est devenu l’ombre du flamboyant chef d’Etat qu’il jouait à être ces douze dernières années. Barricadé dans le luxe de la villa de Madické Niang, le père de Karim rumine sa colère suite à sa cinglante défaite électorale du 25 mars dernier. Désormais, plus l’ombre du célèbre crâne chauve dans la circulation encore moins à la télévision. Les Sénégalais qui étaient excédés par douze ans d’innombrables et intempestives sorties médiatiques du vieux président peuvent  pousser un ouf de soulagement. Abdoulaye Wade a décidé de se la jouer discret depuis qu’il a perdu le pouvoir. « Pour ne pas gêner son successeur », souffle-t-on dans son entourage. Visiblement, Gorgui fait profil bas pour ne pas courroucer les nouveaux tenants du pouvoir. Il est vrai qu’une épée de Damocles plane au-dessus de sa tête et sa famille depuis que les nouveaux occupants du palais présidentiel ont appris que de nombreux  objets de valeur ainsi que des véhicules ont disparu de la présidence de la République à l’occasion du changement de régime. Parmi ces disparitions, on peut citer les voitures du parc automobile de la présidence de la République presque complètement vidé, huit milliards du fond indien pour l’électrification rurale qui se sont volatilisés sans compter le matériel audiovisuel du palais présidentiel qui est porté disparu ainsi que divers objets de valeurs datant de l’époque coloniale ou ayant appartenu à Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf. Et pour ne rien arranger, Abdoulaye Wade est soupçonné d’avoir attribué dans la plus grande opacité la quatrième licence de téléphonie mobile à un privé sénégalais. Autant de dossiers explosifs qui menacent de perturber la retraite de l’ex chef d’Etat et interpellent son successeur Macky Sall. Ce dernier a d’ailleurs, selon la presse, lancé la machine des audits pour identifier les coupables.

Plus de contacts avec la presse

En attendant que les corps de contrôle de la République bouclent leurs enquêtes pour situer les responsabilités des uns et des autres dans ces scandales, Abdoulaye Wade refuse de s’adresser à la presse ne serait-ce que  pour sauver son honneur. Nouvel Horizon qui a tenté d’entrer en contact avec le troisième président de la République du Sénégal, s’est vu refuser l’accès. Si ce n’est pas le numéro de téléphone de Pape Samba Mboup  qui est injoignable, c’est Babacar Gaye, porte-parole du Pds, ou encore Cheikh Diallo, le conseiller de Karim Wade, qui réservent une fin de non-recevoir à la requête de l’auteur de ces lignes. Telle une forteresse, la résidence où loge Wade est fermée aux journalistes. Des agents d’une célèbre société de gardiennage sénégalaise assurent la quiétude du célèbre occupant de la maison. Près de la porte d’entrée en bois massif, des hordes de militants libéraux se bousculent pour être reçus par celui qui n’est maintenant que le chef d’un parti de l’opposition. En perspective des prochaines législatives, Abdoulaye Wade qui s’est maintenu à la tête du Pds, consulte les responsables de cette formation politique pour la confection des listes. Exit donc la Oumra ou petit pèlerinage à la Mecque qu’il comptait effectuer juste après la passation de témoin avec son successeur Macky Sall. Sans doute, par peur de voir le Pds voler en éclat durant son absence du territoire national, Wade préfère rester à Dakar pour sauver les meubles. Un exercice qui ne sera pas de tout repos dans la mesure où, de plus en plus de voix s’élèvent au Parti démocratique sénégalais soit pour dénoncer le maintien de Gorgui au poste de secrétaire général national ou encore pour fustiger le choix d’Oumar Sarr pour coordonner la confection des listes pour les législatives. Après avoir perdu les rênes du pouvoir, Abdoulaye Wade fait tout pour éviter une implosion du Pds. L’opération « save Pds » est d’autant plus importante pour le Pape du Sopi que cette formation politique représente l’ultime parcelle de pouvoir qui lui reste depuis sa débâcle du 25 mars 2012. En plus des menaces de poursuite judiciaire qui planent au-dessus de sa tête et de celle de son entourage suite au pillage du palais présidentiel, Abdoulaye Wade devra faire preuve de beaucoup d’habilité et de diplomatie pour empêcher la mort probable du Pds. Loin d’être un période paisible et calme, la retraite du successeur d’Abdou Diouf promet d’être tumultueuse et agitée. Comme à l’image de la carrière politique de celui qui fut durant 26 ans le chef de l’opposition sénégalaise. Entre la grandeur et la décadence, la frontière est souvent tenue.

Farba Alassane SY

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