N'est pas De Gaulle qui veut

Publié le par farbasy

Ainsi donc, pour reprendre la main face à une opposition et société civile déterminées à le mettre en retraite forcée, Abdoulaye Wade veut imiter le général De Gaulle. A une crise politique sénégalaise actuelle, le président de la République trouve une solution française vieille du siècle dernier. Jusqu'à la caricature, le chef de l'Etat cherche à singer l'attitude du premier président français sous la Vème République durant la crise de mai 68. Jugeons en par nous même. 

Premier acte: Comme De Gaulle, Abdoulaye Wade a attendu 21 jours après le début des hostilités pour parler avec le peuple (ses élus) à l'occasion d'une allocution radiotélévisée. Il faut savoir que pour une crise ayant débuté le 3 mai par la répression d'une simple manifestation  dans l'enceinte de la Sorbonne à Paris, De Gaulle n'a parlé aux Français que le 24 mai, soit 21 jours plus tard, pour dire que « la rue c'est le désordre, la menace du totalitarisme, la chienlit ». Plus de 42 ans après, le président du Sénégal adopte la même attitude lorsque son pouvoir est fortement contesté par la jeunesse le 23 juin 2011. Il brisera son mutisme le 14 juillet pour dénoncer les actes de vandalismes et menacer d'éventuels futurs manifestants. Soit 21 jours d'écart. 

Deuxième acte: le Parti démocratique sénégalais décide de créer dans chaque localité des comités de défense de la démocratie et des institutions pour faire face au Mouvement du 23 juin, qui a l'intention d'obtenir par la pression populaire l'invalidation de la candidature de Wade en 2012. En fait, la trouvaille des libéraux est loin d'être originale puisque les Gaullistes avaient mis sur pied en mai 68 des comités d'action civique pour dresser les listes noires des grévistes et agitateurs notoires. De même, Wade a opté, comme De Gaulle, pour la répréssion des manifestations de l'opposition. Le mai 68 français avait fait 4 morts et des centaines de blessés. Au Sénégal les événements de fin juin ont eu pour bilan près de 110 personnes blessées. Avec la journée du 23 juillet qui s'annonce être explosive puisque le pouvoir et l'opposition envisagent de sortir en même temps dans la rue, il n'est pas exclu  que ce bilan soit revu à la hausse.

Troisième acte: en réaction au ras-de-marée de l'opposition le 23 juin dernier, Abdoulaye Wade veut mobiliser ses partisans un mois plus tard sur le grand Boulevard de la Voie de dégagement nord (VDN) devant le siège du Pds. Les libéraux veulent faire une véritable démonstration de force et tablent déjà sur une participation de plus de 500 000 militants. Ils veulent visiblement réussir la prouesse des Gaullistes qui avaient réussi le 30 juin 1968 à rassembler près d'un million de leurs partisans sur les Champs Elysées. C'était en réaction à une manifestation 17 jours plus tôt de la gauche qui avait mobilisé près de 800 000 personnes.  

Quatrième acte: Abdoulaye Wade veut organiser une élection présidentielle anticipée de la même manière que De Gaulle avait dissous l'Assemblée nationale française le 30 juin 1968 pour organiser des législatives anticipées, un mois plus tard. L'objectif est simple, c'est pour obtenir un plébiscite populaire. L'acte posé par le président de la France peut être considéré comme une « dissolution référendum ». D'ailleurs, il arrivera à ses fins puisqu'à l'issue des législatives la droite a écrasé la gauche avec 354 siège à l'Assemblée nationale sur les 487 existants. 

Visiblement, Abdoulaye Wade veut  réussir le même coup que son idole français. Mais n'est pas De Gaulle veut. Il ne suffit pas de reprendre les mêmes méthodes que lui, en 1968, pour espérer se tirer d'une mauvaise passe. Si De Gaulle a pris le dessus sur les soixante huitards, son charisme y est pour beaucoup. Contrairement à Wade qui s'est discrédité avec son déplorable « Ma Waxoon waxeet », le général français est resté grand, digne et véridique tout au long de la période où il était contesté. Il n'est jamais tombé aussi bas, au contraire il était l'incarnation même de la grandeur de la fonction présidentielle. Ses adresses à la Nation étaient teintées de toute la solennité réquise.  De même, il n'a pas participé à la grande manifesation que ses partisans ont organisé en son honneur le 30 juin 1968. C'est de son palais de l'Elysée qu'il a suivi cette vaste démonstration de force. Tout le contraire de Wade, qui sera, sauf grande surprise, au meeting libéral du 23 juillet prochain.  

Farba Alassane SY

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