Le Sénégal a raté son Mandela (article rédigé en juillet 2010 et toujours d'actualité)

Publié le par farbasy

wade[1]Nelson Mandela, l'Africain le plus célèbre et respecté au monde, a fêté hier ses 92 ans. A cette occasion, l'ancien président d'Afrique du Sud et héros de la lutte anti-apartheid a reçu des hommages venant de la planète entière, y compris de Barack Obama et de Ban Ki-Moon. D'une marche caritative à Madrid en Espagne à un tournoi de foot "pour la paix" au Darfour au Soudan en passant au reboisement d'arbres dans le township d'Alexandra, à Johannesburg, l'anniversaire de celui que les sud-africain appellent affectueusement Madiba a été célébré. Signe suprême de respect et de la reconnaissance de la communauté internationale, l'Onu a décidé de célébrer chaque 18 juillet le « Mandela day », jour où il est demandé à chacun de consacrer 67 minutes à faire du bien autour de soi.

A coup sûr, Nelson Mandela est l'un des derniers mythes vivants du XXe siècle. A l'image de Gandhi, Martin Luther King et De Gaulle, ce héros sud africain a marqué dans le bon sens l'histoire de son pays. Pour avoir combattu pendant des décennies l'abominable système ségrégationniste appelée Apartheid, puis d'avoir pardonné ses ancien bourreaux en appelant à la réconciliation nationale et d'avoir la décence de ne pas s'accrocher au pouvoir, Mandela mérite son statut actuel.

Comme l'Afrique du Sud, le Sénégal aurait pu avoir lui aussi avoir son icône universelle. Comme Nelson Mandela, Abdoulaye Wade a passé des décennies, 26 ans  exactement, à combattre l'injustice. Comme le Xhosa de Mvezo, le natif de Kebemer a fait de la prison à cause de ses idéaux progressistes. Comme Mandela, Wade n'a pas effectué de chasses aux sorcières une fois arrivé au pouvoir. Finalement, tous les deux ont gagné leur combat matérialisé par la fin de l'apartheid en Afrique du sud et l'alternance démocratique au Sénégal. Seulement, Mandela se différencie de Wade par son rapport avec le pouvoir. Là où il a eu la grandeur d'esprit de n'effectuer qu'un seul mandat à la tête de l'Afrique du sud, le Sénégalais entend briguer un troisième mandat au risque d'écorner son image de marque.

Si à 81 ans Mandela a passé démocratiquement le relais à Thabo Mbeki, Wade veut, à 86 ans, aller à la conquête des suffrages sénégalais. Pis, des soupçons de plus en plus persistants de dévolution monarchique du pouvoir au profit de son fils Karim Wade lui collent à la peau. Apparemment, Abdoulaye Wade est en train de rater sa sortie de scène contrairement à Nelson Mandela. Aujourd'hui, le Sud-africain est en train de récolter les dividendes de sa sagesse. Si Wade avait décidé en 2007 de ne pas se présenter à sa propre succession, il serait actuellement devenu un exemple pour le monde entier. Malheureusement, le héros sénégalais est en train de se transformer en contre exemple. En lieu et place de Mandela, le président sénégalais est de plus en plus associé à Robert Mugabé, ce libérateur du peuple zimbabwéen devenu un autocrate assoiffé de pouvoir vingt ans plus tard. N'est pas Mandela qui veut...  

Farba Alassane SY

Commenter cet article