Le dilemme de la Cedeao

Publié le par farbasy

Le voyage hier à Abidjan des émissaires de la Cedeao et de l'Ua afin de convaincre Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir qu'il a usurpé depuis sa défaite électorale contre Alassane Ouattara prend des allures de mission impossible. Les présidents cap-verdien Pedro Pires, béninois Yayi Boni et sierra-leonais Enerst Koroma ainsi que le Premier ministre kenya Raila Odinga sont venus sur les bords de la lagune Ebrié pour faire revenir à la raison le leader du Fpi. Parviendront-ils à faire plier celui  que le défunt général Gueï surnommait « boulanger » du fait de sa propension à toujours rouler ses adversaires dans la farine? Les chances pour que la mission africaine obtienne le départ de Laurent Gbagbo sont en effet minces au regard de l'entêtement du l'actuel usurpateur du palais présidentiel de Cocody. Fort du soutien des Forces de défense et de sécurité ainsi que de la galaxie des « patriotes», Laurent Gbagbo n'a jusque là montré aucun signe de départ. « Nous n'allons pas céder », s'est-il permis de dire le 31 décembre dernier lors de la présentation de ses voeux de nouvel an au peuple ivoirien. Par la même occasion, il a fustigé ce qu'il appelle «une tentative de coup d'Etat menée sous la bannière de la communauté internationale ». Assurément, il ne sera pas aisé d'obtenir par le dialogue le départ d'un homme pensant de la sorte.

En ouvrant des négociations avec un Laurent Gbagbo qui campe dans ses positions, la Cedeao et l'Ua prennent le risque de glisser dans le terrain favori de Laurent Gbagbo, celui consistant à rouler ses interlocuteurs dans la farine. Pour celui qui était jusqu'au 28 novembre dernier le maître d'Abidjan, l'objectif est de gagner du temps afin de décourager le camp Ouattara retranché dans l'hôtel du Golf. En fait, Gbagbo compte gagner à l'usure. Il sait que Jonathan Goodluck, président en exercice de la Cedeao n'aura plus son temps d'ici quelques mois puisqu'il partira en campagne présidentielle au Nigéria en avril 2011.

Reste maintenant la solution de la force. On sait que la Cedeao a appelé Laurent Gbagbo à céder le pouvoir à Alassane Ouattara et l'a menacé d'une intervention militaire au cas où il ne se pliait pas à cette injonction. Cependant, les pays ouest-africains comptant plusieurs de leurs ressortissants en terre ivoirienne, cette option pourrait ne pas être sans fâcheuses conséquences. Ayant compris cela, le régime de Laurent Gbagbo n'hésiterait pas en cas d'attaque des forces de l'Ecomog (le bras armé de la Cedeao) à prendre en otage les immigrés originaires des pays d'Afrique de l'Ouest. De même, douchée par la l'attitude des jeunes « patriote » ivoiriens en 2004 contre les Français basés en Côte d'ivoire, le France n'est pas prête à jouer le rôle de gendarme en Côte d'ivoire.

On le sait, déloger Laurent Gbagbo du palais de Cocody qu'il squatte ne sera pas chose aisée. La Côte d'ivoire comptant des millions d'immigrés originaires des autres pays de l'Afrique de l'Ouest, toute action militaire des forces de l'Ecomog pourrait être néfaste contre les maliens, Sénégalais, Burkinabé, Nigérians etc,  établis sur les bords de la lagune Ebrié. De même, en choisissant la voie du dialogue, la communauté internationale prend le risque légitimer le hold-up électoral de Gbagbo. Tel est le dilemme de le Cedeao.

Farba Alassane SY

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