L'Union africaine légitime la forfaiture de Gbagbo

Publié le par farbasy

Un partage du pouvoir entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, telle pourrait être en toute vraisemblance la fameuse solution des médiateurs de l'Union africaine pour résoudre la crise ivoirienne. La révélation est de Ibrahim Ibrahim ministre sud africain des Affaires étrangères présent hier à Abidjan avec les chefs d'Etat de la Mauritanie, du Tchad, de la Tanzanie et de l'Afrique du sud. L'organisation d'un nouveau scrutin étant improbable, l'alternative pourrait consister en ce schéma: Gbagbo reste président, Ouattara devient vice-président pendant deux ans et ensuite ils alterneraient. Si un tel scénario se confirme dans les prochain jours, ce sera purement et simplement une légitimation du coup de force électoral de Laurent Gbagbo. Non contente de dessaisir la Cedeao du dossier ivoirien, l'Ua se permet de reconnaître un usurpateur du pouvoir qui n'a pas hésité à supprimer le vote de plus de 600 000 de ses compatriotes pour gagner une élection. Elle adoube ainsi un homme qui ne cesse de massacrer des centaines d'Ivoiriens depuis le 28 novembre 2010.

Exit donc la perspective d'un recours à la force pour déloger Laurent Gbagbo. Une hypothèse qui a été soutenue jusque dans un passé récent par la Cedeao. Les chefs d'Etats majors des armées ouest africaines s'étaient même récemment réunis dans la capitale malienne pour préparer une telle opération. Mais patatra, l'Union africaine en a décidé autrement. Non contente d'avoir accordé un mois de sursis à Laurent Gbagbo à travers une médiation qui finira fin février, elle entend donner une nouvelle chance au perfide « boulanger d'Abidjan », qui a visiblement de la Baraka. Lui, que l'Onu, ainsi que les grandes puissances occidentales ne reconnaissent plus comme président de la République de la Côte d'ivoire, a su retourner la situation à son avantage avec le soutien de l'Ua.

De par son manque de courage politique à faire accepter l'évidence à un président battu à plate couture par l'opposition, l'Union africaine a tout simplement abdiqué face à Laurent Gbagbo. Cette attitude qui peut s'expliquer par une volonté d'épargner à tout prix une guerre en Côte d'ivoire pourrait créer un effet inverse. Le camp de Ouattara soutenu par les Forces nouvelles n'entend pas une seconde partager un pouvoir que le peuple ivoirien lui a confié le 28 novembre dernier avec 54% de voix. Si l'on sait que le Rhdp est épaulé par l'ancienne force rebelle, on peut conclure que les armes risquent bel et bien de tonner à nouveau en Côte d'ivoire.

En caressant dans le sens du poil un fossoyeur de la démocratie, l'organisation basée à Adis Abeba adopte une attitude assimilable à celle des démocratie occidentales devant Hitler en 1938. Pour l'histoire, ces dernières s'étaient lâchement pliées à Munich face au dictateur allemand sous prétexte d'éviter une guerre qui finira pourtant par éclater une année plus tard avec l'annexion de la Pologne par l'armée du 3ème Reich. En rendant fréquentable le chef du Fpi, l'Union africaine prend le risque de se détourner de l'aspiration démocratique des masses populaires du continent. Et c'est bien dommage.

Farba Alassane SY

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