Il faut sauver la démocratie béninoise

Publié le par farbasy

La sous-région ouest africaine n'a t-elle pas fini de panser ses blessures occasionnées par les chaotiques élections guinéennes et ivoiriennes, qu'une autre bourrasque risque de menacer sa relative quiétude. Cette fois-ci, les menaces de crises post-électorales ne proviennent pas de pays à l'équilibre socio-politique précaire mais bel et bien d'un havre de paix, à savoir le Benin.  En effet, l'ancien quartier latin d'Afrique devenu laboratoire de la démocratie au sud du Sahara se dirige dangereusement le 6 mars prochain vers une présidentielle de tous les risques. Dans ce pays, pourtant réputé pour sa solide tradition démocratique, on s'achemine inéluctablement vers des lendemains électoraux troubles si on n'y prend garde.

La raison de cette inquiétudes est à chercher dans les échauffourées entre la police et l'opposition constatées hier à Cotonou à seulement deux semaines de l'échéance électorale. Les protestataires rejettent le fichier électoral qu'ils jugent « incomplet ».  Selon Léhady Soglo, directeur de campagne d'Adrien Houngbédji, principal candidat de l'opposition, « cette liste provisoire laisse hors du fichier électoral 1.390.544 personnes recensées et prive 365 000 électeurs de leur droit de vote alors même que ceux-là ont manifesté leur bonne volonté en allant s’inscrire dans les cahiers à la demande de la Cps ». La liste électorale électorale permanente informatisées (Lepi) instituée par le président Yayi Boni est, en effet fortement contestée par ces derniers.

Hier, la tension est montée d'un cran au Bénin. L'opposition a marché jusqu'au siège de la Cour constitutionnel mais elle s'est heurtée à un cordon sécuritaire composé d'éléments de la police et d'agents de la compagnie républicaine de sécurité armés de matraques, de gourdins et même de kalachnikovs.

Comme pour ne rien arranger, les députés béninois refusent toujours de désigner leurs représentants dans les démembrements de la Commission électorale nationale autonome. Opération pourtant nécessaire pour la tenue de la présidentielle. La séance convoquée jeudi dernier pour procéder à cette opération a failli dégénérer en affrontements, les députés de l'opposition s'étant insurgé contre la décision de la Cour constitutionnelle de nommer de nouveaux secrétaires parlementaires, suite à 'absence répétée des titulaires. Ces député ont fait face vendredi à la riposte des forces de l'ordre postés devant la Cour constitutionnelle pour les empêcher de marcher sur l'institution.

Le processus électoral étant l'une des principales causes de conflits en Afrique, le cas beninois ne devrait pas laisser les démocrates africains insensibles. Plus qu'un symbole, ce pays a toujours été l'incarnation de la démocratie apaisée en Afrique. Après avoir été à l'origine de la mode des « conférences nationales » dans le continent, le Benin s'est jusqu'à présent illustré par son système politique digne d'une grande nation occidentale. En moins de vingt ans, trois alternances démocratiques s'y sont déroulées dans la plus grande transparence. Un tel pays ne mérite pas de sombrer dans la déchéance en cette période de printemps démocratique en Afrique et dans le monde. Surement que la classe politique beninoise qui a su faire preuve de dépassement dans le passé saura se ressaisir à temps. Le Benin ne saurait être une Côte d'ivoire bis.

Farba Alassane SY

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