DOSSIER: Gbagbo/Ado: le combat final

Publié le par farbasy

A l'issue du premier tour de l'élection présidentielle ivoirienne, Laurent Gbagbo et Alassane Dramade Ouattara sont les deux grands vainqueurs. Classé troisième par les résultats provisoires publiés par la Commission électorale indépendante, l'ancien président Henry Konan Bédié se voit ainsi recalé pour le second tour. Une situation qui devrait sonner le glas de ses ambitions présidentielles, lui qui est aujourd'hui âgé de 74 ans. A travers ce focus, Kotch tire les enseignements de cette présidentielle qui tient en haleine toute l'Afrique de l'Ouest.

 

Second tour délicat pour Gbagbo

 

Avec 38,06 % des voix au premier tour de la présidentielle ivoirienne, Laurent Gbagbo surclasse ses deux principaux adversaires que sont Alassane Ouatara (32,26%) et Henry Konan Bédié (25,01%). L'actel chef d'Etat ivoirien peut se targuer d'avoir remporté la région des Lagunes qui englobe la grande ville Abidjan. Dans cette mégalopole comptant 1 918 737 électeurs, Gbagbo obtient 49,90% de voix contre 31,34% pour Ouatara et 19,31% pour Bédié. Il a reussi la prouesse d'arriver en tête à Yopougon, banlieue d'Abdidjan et commune de Côte d'ivoire la plus peuplée. En plus de la région ouest où il est originaire, le président Gbagbo règne en maître au Sud et la l'Est et a mis dans son giron une région du nord, le Zanzan. Malgrè ces résutats apparamment flatteurs, le locataire du palais de Cocody obtient 10 points de moins que le dernier sondage de Sofres du mois d'octobre. Pis, élu au premier tour en novembre 2000 avec 59,4% de voix, Gbagbo est visiblement en chute libre. Il est aujourd'hui mis en ballotage par Ouatara et Bedié, deux candidats qui étaient privés de présidentielle en 2000. A la lecture des résultats du scrutin du 31 octobre dernier, on peut conclure que Laurent Gbagbo est un président minoritaire dans sont pays puisque 60% des ivoiriens ont voté contre lui. Reste à savoir, si le « boulanger d'Abidjan », comme il est surnommé en Côte d'ivoire reussira le challenge de garder son fauteuil présidentiel le 28 novembre prochain.

 

Stratégie au second tour: conquérir l'électorat Baoulé

Pour gagner au second tour, Laurent Gbagbo devra séduire l'électorat du Pdci. Ce parti dirigé Henri Konan Bédié a pour fief le pays Baoulé au centre de la Côte d'ivoire c'est à dire autour des villes de Yamoussoukro et Dimbroko. Bédié a aussi remporté l'électorat de Bas Sassandra au sud ouest de la Côte d'ivoire, région abritant San-Pedro, le port du cacao. Pour séduire cet électorat du groupe éthnique Akan, Laurent Gbagbo pourrait jouer sur la carte confessionnelle. Il pourrait appeler ces supporters de Bedié à choisir un chretien au lieu du musulman Alassane Dramane Ouattara. Le fait que la grande basilique de Yamoussoukro se trouve en pays pays Baoulé montre l'ancrage de ce peuple dans le chretienneté. En outre, face à Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo pourrait se faire passer pour le vrai candidat ivoirien. Bédié étant le père du concept de « l'ivoirité » dans les années 90, cet argument pourrait faire mouche au sein de l'électorat du Pdci.

 

Ouattara confirme son emprise sur le nord de la Côte d'ivoire

 

Pour une première participation à une élection présidentielle, Alassane Ouattara a réussi la performance de se classer en deuxième position derrière le président Gbagbo. Récoltant 32,26% de voix, ce candidat d'éthnie malinké talonne de près le chef d'Etat ivoirien puiqu'il n'est devancé que de 6 points. Ce résultat, le leader du Rdr le doit au nord de la Côte d'ivoire où il a quasiment fait une razzia des voix, remportant respectivement, 85,90%, 49,85%, 87,17%, 93,42% et 73,35% des suffrages dans les régions de Savanes, Vallée du Bandama, Worodougou, Denguélé et Bafing. Cette zone correspondant au pays des Malinké, Dioula et Senoufo comprend les Bouaké et Korogho, deuxième et troisième ville de Côte d'ivoire. De plus, Ado comme le surnomment les ivoiriens est en tête à Abobo et Adjamé, deux communes très peuplée s d'Abdidjan. Le vote étranger profite aussi au candidat du Rdr puisqu'il arrive en tête avec 50,41% de voix dans 18 pays. Ecarté dans la course aux présidentielles de 1995 et 2000 pour cause de nationalité douteuse, Alassane Ouattara a récolté un score honorable le 31 octobre dernier.

 

Stratégie au second tour: Rassembler la famille des Houphouétistes

Dans son duel contre Gbagbo, Alassane Ouatara part avec une longueur d'avance. En effet, le Rdr est lié par une alliance politique avec le Pdci de Bédié, arrivé en troisième position avec 25,01% de voix. Ce pacte dénommé Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) a été forgé en 2005 par Ouattara et Bédié. Ainsi, le leader du Pdci devrait dans les normes inciter son électorat à voter pour Ouatara au second tour. Mais pour l'heure, Bédié est plus occuper à contester les résultats du premier tour qu'à travailler pour l'élection de son allié politique le 20 novembre prochain. En cas de report total des voix du Pdci sur le candidat du Rdr, Ouattara devrait mathématiquement remporter haut la main cette présidentielle avec 57,27% des voix. Reste à savoir, si l'électorat Baoulé majoritairement chrétienne et animiste acceptera de faire élire un musulman à la tête de la Côte d'ivoire. Au regard des résultats du premier tour; le Rdr arrive troisième au N'zi Comoe et Bas Sassandra, deux des trois régions remportées par Bédié. Ce qui permet de conclure que le Rdr n'est pas si populaire en pays Baoulé. Pour esperer remporter la présidentielle, Ado devra faire les yeux doux au Pdci. Comme Wade en 2000 avec Moustapha Niasse, le chef de fil du Rdr pourrait être amené à promettre des grands postes de responsablilités aux partisans de Bédié. Même si ce dernier n'envisage pas l'hypothèse de devenir Premier ministre de Ouattara, il n'est pas à exclure que ses seconds fassent partie du Gouvrnement en cas de victoire du Rdr.

 

 

 

Henri Konan Bédié, où le come-back raté

 

Président de la Côte d'ivoire de 1993 à 1999 puis chassé du pouvoir par le coup d'Etat du général Robert Gueï, Bédié voulait effectuer un come back avec la présidentielle de 2010. Cependant, d'après les résultats provisoires qui restent à être confirmées par le Conseil constitutionnel ivoirien, cet héritier politique de Felix Houphouet Boigny n'a plus les moyens de concrétiser son désir. Agé de 74 ans et trainant loin derrière Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, Bédié devrait se résoudre à faire le deuil de ses ambitions présidentielles. Des 19 régions de la Côte d'ivoire, le candidat du Pdci n'a raflé que trois correspondant au pays Baoulé. Il devrait cependant se consoler avec son score de 25,01% qui fait de lui le faiseur de roi de cette élection présidentielle. Bien que lié politiquement à Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié pourrait être appelé à monnayer chèrement son soutien aux deux finalistes de cette présidentielle.

 

Communauté internationale, véritable maitre d’œuvre de la presidentielle ivoirienne

 

La communauté internationale s'est fortement impliquée dans cette présidentielle ivoirienne qui devrait mettre un terme à une decennie de guerre civile. Elle a ainsi injecté la somme de 14 millions d'euros pour le déroulement des opérations de vote. Ce financement geré par le Programme des nations unis pour le développement (Pnud) a été décidé en 2007 avec l`accord politique des parties ivoiriennes à Ouagadougou. Il prend en charge les séances de formation, les campagnes de sensibilisation des partis politiques et de la société civile, la couverture médiatique, l`édition du guide de l`électeur, la distribution des cartes d`électeurs et également les questions liées au désarmement. En plus de son apport financier, cette communauté internationle participe aussi à apaiser le climat politique local. Ainsi, Young-Jin Choi, représentant spécial du secrétaire général de l'Onu en Côte d'ivoire a joué un rôle essentiel pour une rapide proclamation des résultats au lendemain du premier tour de la présidentielle. Il avait ainsi exhorté mardi dernier le président de la Commission électorale indépendante à « publier le plus rapidement possible » les résultats pour freiner les tensions qui ne cessaient de monter. Le diplomate avait ainsi souligné que l'Onuci et la communauté internationale se feront l'obligation de veiller à la suvegarde et au respect des résultats sortis des urnes. Cette démarche de Young-Jin Choi a été payante puisque le Cei a proclamé quelques heures après les résultats tant attendus, faisant ainsi baisser la tension.

 

Gbagbo, Ado et le Sénégal

 

Le second tour de l'élection présidentielle ivoirienne sera très suivi du côté de Dakar. Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouatara sont tous les deux liés au marigot politique sénégalais. Si le Rdr est affilié comme le Pds à l'Internationale libérale, le Ps est comme le Fpi membre de l'internationale socialiste. Ainsi, du point de vue idéologique Alassane Ouatara est le candidat des libéraux et Gbagbo celui des socialistes. Wade n'hésite d'ailleurs pas à recevoir l'opposant Ouatara qui était venu courant octobre à Dakar pour reccueillir des conseils du Vieux. A l'époque où il était exclu du jeu politique ivoirien à cause du concept de l'ivoirité, le leader du Rdr était souvent conseillé par Wade qui lui disait de s'inscrire dans la légalité et de ne jamais quitter le combat politique. De plus, Gorgui est présenté comme étant un des mentors du nordiste Guillaume Soro. De l'autre côté, Ousmane Tanor Dieng a assisté récemment à l'investiture du candidat Gbagbo à l'hotel Ivoire à Abidjan. Etant président de l'Interafricaine socialiste, il gagnerait à ce que le Fpi remporte la présidentielle ivoirienne. Le clan Gbabgo peut aussi se targuer d'avoir le soutien du sociologue Malick Ndiaye, intellectuel proche du président de l'Assemblée nationale ivoirienne Mamadou Coulibaly. En tant que candidat de gauche, l'actuel chef de l'Etat ivoirien entretient des relations étroites avec Amath Dansokho du Pit, parti qui est lié à Francis Wodié un des candidats au premier tour de cette élection.

Il faut souligner que nombre d'hommes politiques ivoiriens ont des attaches au Sénégal. Ouatara, Charles Konan Banny, Daniel Kablan Duncan qui ont tous été Premier ministre de leur pays, ont eu à sejourner à Dakar en tant que Gouverneurs de la Bceao. Cadre du Pdci, Charles Konan Bany, qui pourrait être Premier ministre en cas de victoire d'Alassane Ouatara, a une résidence à Dakar. Il a de solides liens avec le monde des affaires, les médias et les artistes sénégalais.

Farba Alassane SY

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