CARNET DE ROUTE:La Mauritanie au-delà des clichés

Publié le par farbasy

PICT1241Pour beaucoup, la Mauritanie se résume à un gigantesque désert écrasé par le soleil sans véritable charme particulier. Ce qui est loin d'être la réalité. Voyage au coeur de ce pays si proche du Sénégal et pourtant si méconnu des Sénégalais.

 

Nouakchott, une ville qui se modernise à pas de géant

PICT1176Comparé à Dakar qui est une ville sans feux de signalisation de la circulation et quasiment sans trottoirs libres, Nouakchott a de quoi fouetter l’orgueil des Sénégalais. Pour une cité bouclant à peine ses cinquante premières années d'existante, la capitale mauritanienne offre à ses visiteurs contre toute attente une image moderne et séduisante. Routes larges bordées de trottoirs toutes aussi larges, feux de signalisations omniprésents à toutes les intersections y compris celles les plus isolées, immeubles modernes en construction, réverbères chics et fonctionnels…. Les signes du progrès ne manquent pas à Nouakchott. Vitrine de cette Mauritanie nouvelle résolument tournée vers l’avenir, l’avenue Gamal Abdel Nasser avec ses banques, assurances et commerces fait la fierté des Nouakchottois. Elle est bien loin l’époque où cette ville donnait des airs de bourgade provinciale privée d’infrastructures. En effet, jusque dans les années 2000 les routes bitumées étaient un luxe à Nouakchott. Avec ses quelques voies ensablées et la pénombre qui enveloppait la cité le soir venu, cette cité ne payait vraiment pas de mine. Tout a commencé à changer à partir de 2009 avec l’élection du Général Aziz au pouvoir au terme d’une période de transition après le putsh militaire ayant renversé en août 2008 Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président mauritanien démocratiquement élu. En deux ans, le nouveau pouvoir est parvenu à changer le visage de Nouakchott. En effet, d’importants travaux de modernisation ont été entrepris à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de la Mauritanie célébré le 28 novembre 2010. Si à Dakar, le régime libéral a construit un gigantesque monument, le général Aziz a préféré doter Nouakchott d’infrastructures routières et urbaines de dernières générations. Dans sa volonté de modernisation de la capitale mauritanienne, le général Aziz n’hésite pas à utiliser les méthodes fortes. Des bâtiments historiques qui abritaient l’administration en plein centre de Nouakchott ont été rasés pour laisser la place à de nouveaux immeubles. Procédé rappelant ceux du baron Haussmann dans le Paris du XIX siècle sous le règne de Napoléon III. Mais pour l’heure rien n’a encore émergé sur les décombres des bâtiments détruits, ce qui constitue une cicatrice qui défigure quelque part le centre-ville. D’ailleurs dans le Vox Populi de Nouakchott, certaines voix s’élèvent contre ces destructions. Les plus virulentes soupçonnent même le Général Aziz de vouloir accaparer ces terrains stratégiques pour le compte de sa famille et des membres de son clan. Enfin, à l’heure où Dakar connaît les affres des délestages d’électricité, Nouakchott n’a pas les mêmes soucis d’alimentation en énergie. Les coupures de courant sont quasi rares pour ne pas dire inexistants, ce en dépit de la forte consommation d’électricité en cette période estivale où la plupart des familles de Nouakchott utilisent des climatiseurs pour se rafraichir.

 

Putschs et attentat, les deux périls de la Mauritanie

PICT1162Dans un pays comme la Mauritanie où les coups d’Etat rythment régulièrement la vie politique, la sécurité est plus qu’une nécessité. D’ailleurs, le palais présidentielle est une véritable forteresse cachée à l’abris des regards indiscrets et protégé par des hommes en tenue. Impossible de s’approcher des grilles de l'édifice à cause d’un chek point placé à quelques mètres du portail. Du palais, le public ne peut rien apercevoir à part les nombreux arbres peuplant le jardin présidentiel. Dans le même quartier se trouvent le Sénat, la Banque centrale et le ministère des Affaires étrangères. Mais impossible de prendre une photo tant les militaires sont omniprésents et menaçants. Un peu plus loin sur l’avenue Gamal Abdel Nasser se localise le siège de Radio Mauritanie où des militaires en arme gardent la devanture. Il faut dire que l’endroit est une cible de choix en cas de putsch. D’ailleurs, lors du renversement en août 2008 du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, des troupes avaient encerclé les lieux puis forcé les employés à quitter leurs postes. Même scénario trois ans plus tôt où des soldats de la garde présidentielle avaient débarqué vers 5 heures du matin au siège de Radio Mauritanie, pris possession du siege de l'état-major des armées situé tout près et bloqué l’accès à la présidence et aux ministères. Ainsi s’achevait 21 ans de règne du président Ould Taya. Dans un tel pays où les pronunciamiento peuvent survenir à tout moment, le pouvoir se barricade. Nouakchott est en effet une ville où les casernes militaires foisonnent. Signe que les soldats sont sur le qui vive, l’architecture de ces camps fait penser à celle des forteresses médiévales avec des miradors placés à chaque angle où sont perchés des soldats armés.

La psychose des coup d’Etat n’est pas la seule cause de cette friction. Il y a en effet la menace terroriste qui donne régulièrement des sueurs froides aux dirigeants mauritaniens. Février dernier, l’armée a empêché in extremis un attentat à la voiture piégée qui visait à assassiner le président de la République. Après avoir reçu des tirs des soldats, le véhicule bourré d’explosif a été neutralisée à quelques kilomètres de Nouakchott. Même scénario en août 2010, cette fois-ci c’était une caserne qui était visée. Un an plus tôt un kamikaze a réussi à se faire exploser devant l’ambassade de France sans compter que trois espagnols ont été pris en otage en novembre 2009. Le 1er février 2008, six individus ouvrent le feu devant le « Vip », plus grande boite de nuit de Nouakchott, blessant du coup trois Français. Par contre, quatre touristes français n’auront pas la chance décembre 2007 de sortir indemne des mains de leurs ravisseurs puisqu’ils ont été froidement assassinés. Toutes ces attaques sont le fait d’Aqmi, filiale d’Al Al-Qaïda. Conséquence de cette forte menace, les patrouilles militaires sont fréquentes le soir dans le centre-ville de Nouakchott, histoire de rassurer les habitants.

 

Wade impopulaire chez les Mauritaniens

PICT1297Le président Wade est loin de laisser indifférents les habitants de la capitale mauritanienne. Pour beaucoup, il a pesé de tout son poids dans l’accession du général Aziz au pouvoir grâce à l’accord de Dakar qui a mené à l’organisation de la présidentielle de juillet 2009. Deux ans plus tard, à mesure que la côte de popularité du Général Aziz baisse au sein de l’opinion public à cause de la cherté de la vie et de la menace terroriste, le chef de l’Etat sénégalais est de plus en plus conspué. Pour beaucoup de sympathisant de l’opposition mauritanienne, Abdoulaye Wade a aidé son homologue mauritanien à gagner « frauduleusement » la dernière présidentielle. Et d’ajouter que tous les parrains du général Aziz finiront mal. A cet effet, Khadafi et Ben Ali sont donnés en exemple comme pour laisser entendre que Wade est le prochain sur la liste.

 

Chinguetti, la Mecque des Maures

PICT1281.JPGLoin de l'agitation de la capitale mauritanienne, une petite bourgade chargée d'histoire offre un dépaysement garanti aux voyageurs. Il s'agit de Chinguetti, localité située en plein coeur du desert à plus de 600 km au nord-est de Nouakchott. Avant d'y accéder il faudra prendre la route qui mène à Atar. Le parcours est relativement agréable puisque la route est tres bonne de même que les vehicules qui font le trajet. Rien à avoir avec les taxi brousses sénégalais, ici ce sont des minibus neufs et climatisés gérés par des sociétés de transport modernes qui amènent les voyageurs.  D'Atar, une piste de 80 kilomètres mène à Chinguetti qui se trouve en hauteur des plateaux rocailleux de l'Adrar. Occasion d'admirer le paysage escarpé et lunaire qui s'offre aux voyageurs. Au bout d'une heure de route surgit enfin au milieu des dunes de sable la cité médiévale témoin du passé florissant de la région. Fondée entre le Xeme et le XI siècle par une tribut berbère les  Idaw el Hadj, la ville de Chiguetti surnommée « la Mecque mauritanienne » est considérée comme la septième ville sainte de l'Islam. Au milieu des ruines des anciennes maisons aujourd'hui à l'abandon se dresse majestueusement une mosquée tres bien conservée datant du XIII siècle. L'intérieur de l'édifice rappelle le passé. A la place de tapis, le sol est tout simplement sablonneux. Le toit est fait de tronc de palmiers, ce qui rend la mosquée encore plus authentique. Les amateurs des vieilles pièces trouveront leur compte à Chinguetti aux dédales des ruelles ombragées et désertes de la bourgade médiévale. Quelques bibliothèques familiales gardent encore des ouvrages religieux dont certains datent de près de sept siècles. Dans le passé, les pèlerins venaient de partout pour consulter l'abondante collection de livres religieux qui renferme Chinguetti. Aujourd'hui, à cause de la menace terroriste qui plane sur la Mauritanie, ce joyaux est deserté par les touristes.

Farba Alassane SY

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