CARNET DE ROUTE: Equipée sénégalaise à Benghazi la rebelle

Publié le par farbasy

PICT0517.JPGBenghazi, 631 000 habitants. Chef lieu de la Cyrénaïque et capitale du Conseil national de transition , autorité politique de transition instituée par les insurgés libyens. Recit de la journée passée dans l’antre des ennemis de Khadafi.

 

Lorsque la « Pointe de Sarène » atterit jeudi dernier au environs de midi heure locale à l’aéroport de cette ville situé au Nord-Est de la Libye, il faisait près de 40 degrés à l’ombre. Sur le tarmac, Moustapha Abdeljalil, président du Cnt s’appête à acceuillir le chef d’Etat du Sénégal. Il est fortement encadré par des garde-corps au physique impressionnant et arborant chancun une arme de guerre et un gilet par balle. Un signe qui ne trompe pas. Nous sommes bel et bien arrivés dans la fournaise libyenne. Même si Benghazi se trouve à des centaines de kilomètres des champs de bataille, n’empêche les esprits sont sur le qui vive pour assurer la sécurité de Wade et Moustapha Abdeljalil. D’ailleurs, les reporters photographes ont eu toutes les peines du monde pour appocher ces deux personnalités, bousculés qu’ils sont par la sécurité. Contrairement aux normes de visite d’Etat, aucune fanfare n’était visible sur les lieux, ne serait ce que pour jouer l’hymne national du Sénégal. De même, la délégation officielle ne s’est attardée dans aucun salon d’honneur. Au contraire, elle s’est aussitôt engouffrée dans des véhicules, direction le siège du Conseil national de transition.

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Entre l’aéroport et le quartier général des insurgés, il faut compter presque 30 minutes pour effectuer le trajet. Occasion pour les Sénégalais de voir ce à quoi ressemble la deuxième ville de Libye. Comme Dakar, une voie rapide relie l’aéroport au centre-ville. Comme Dakar, les quartiers de la banlieue sont sablonneux. Rien à voir avec l’Europe. De même, les types de maison sont presque identiques à ceux qu’on voit au Sénégal. Toutes choses qui font dire aux journalistes sénégalais que Khadafi, malgré la manne des pétrodollars, n’a rien fait pour Benghazi. Mais ils reverront vite leur position à l’approche du centre ville.

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Des échangeurs ultra-modernes à n’en plus finir, des chantiers d’immeubles qui sortent de terre, un grand stade en construction, un grand hopital flambant neuf qui reléguerait l’hopital principal de Dakar au rang de simple case de santé, une corniche bien aménagée bordée de luxueux hotels...Telles sont les quelques réalisations qui nous ont convaincu que Benghazi n’est pas une ville modeste. Autre constat, les routes sont partout larges et bien aménagées. C’est comme si tout Dakar était muni de voies rapides très modernes. De même, un consat a marqué nos esprits : les rues sont quasi désertes. Mais selon notre chauffeur libyen, beaucoup d’habitants ont quitté la ville pour aller à l’étranger depuis le début de l’insurrection.

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A l’approche du siège du Cnt, la circulation devient plus dense. A notre passage, les automobilistes nous saluent par des coups de klaxons et des V de victoire. Les Libyens sont apparemment très content de recevoir la visite du président Wade. Après 30 minutes de trajet, nous voilà arrivés au siège du Cnt. Le bâtiment ne paie pas de mine. Aucun signe ne permet de le distinguer des autres edifices d’à côté. Après renseignements auprès des libyens, il s’est avéré que le siège du Cnt a déménagé à quatre reprises depuis le début de l’insurrection des rebelles. Ce, pour éviter d’être bombardé par les forces armées loyales à Khadafi. Malgré la modestie de l’édifice, y entrer n’est pas facile. Comme tout palais présidentiel dans le monde, il faut passer sous une portique de sécurité et être fouillé. A l’intérieur, la presse internationale est présente pour écouter la déclaration du président Wade. Ils sont plusieurs dizaines de journalistes et reporters photographes de toutes les races et langues à attendre avec ferveur le fameux speech du président sénégalais. Ce dernier, accompagné par Madické Niang et Karim Wade est visiblement aux anges de voir tous les projecteurs braqués sur lui. Il en a profité pour vendre la destination Sénégal en disant que notre pays a atteint l’autosuffisance alimentaire à travers le Goana, que le Gouvernement du Sénégal consacre 40% de son budget à l’éducation ou encore que  « le Sénégal a les plus belles routes d’Afrique »..

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Après son fameux discours de Bengahzi où il a demandé à Khadafi de débarasser le plancher, le président Wade s’est automatiquement dirigé vers la place de la révolution pour rencontrer les jeunes insurgés. Sur la route, la délégation sénégalaise a arpenté les rues du centre ville. Occasion de voir de près les stigmates de la guérilla urbaine que les insurgés ont opposée aux forces pro Khadafi il y a quelques mois. Des batiments criblés de balles, une caserne pro Khadafi saccagée, une gigantesque résidence du guide libyen rasée, plusieurs maisons de dignitaires pro Khadafi incendiées. Voilà ce qui a défilé sous nos yeux. De même, le drapeau rouge-noir-vert flaqué d’un croissant et d’une étoile blanche est omniprésent à Bengahzi. Voitures, maisons, appartements, arbres, aucun espace n’échappe à ce symbole des insurgés.

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A la place de la révolution, les images des matyrs sont omniprésents. De même que les drapeaux français, américains et britanniques. A notre passage sur les lieux, les drapeaux sénégalais ainsi que des portraits du président Wade étaient arborés par les populations. Scène qui a certainement rempli de satisfaction le président sénégalais qui entendait ainsi son nom scandé par les jeunes libyens. Après 5 minutes de bain de foule, le chef de l’Etat visiblement pressé s’est engouffré dans sa voiture pour se diriger à l’aéroport. La délégation sénégalaise n’aura même pas le temps prendre son déjeuner pourtant prévu dans un hotel. Il est presque 17 heure lorsque « La pointe de Sarène » quitte le sol de Benghazi. En bas, on apperçoit à côté de l’aéroport des avions de guerre. Certainement ceux de l’Otan qui est chargé de prêter main forte aux insurgés libyens grâce à une résolution del’Onu. Dans les airs, un mirage et une rafale accompagnent l’avion présidentiel jusqu’à sa sortie de la zone d’exclusion aérienne libyenne. Après trois heures de vol, « La pointe » se pose peu avant 20 heures à Paris sur le tarmac de l’aéroport du Bourget. Ainsi s’achève l’escapade présidentielle à Benghazi.

Farba Alassane SY (envoyé spécial à Benghazi)

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Dame Diop 14/06/2011 01:55


Un très beau récit de bonne facture. En tout cas, tu as très bien réussi la contextualisation de la narration à travers le temps et l'espace. Voilà le talent d'un grand reporter soucieux de joindre
l'utile à l'agréable dans son récit de voyage. Ta démarche vient de nous montrer l'importance de la jonction entre journalisme et littérature! Bref, tu dois beaucoup enseigner aux plumitifs du web.