CANDIDATURE DE L’UNITE ET DU RASSEMBLEMENT: Comment Bennoo s’est piegiée

Publié le par farbasy

P5310704[1]A moins d’un miracle de dernière minute, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng seront tous deux candidats à la présidentielle. Ainsi donc, le mythe du candidat de l’unité et du rassemblement de l’opposition a vécu. Retour sur les signes avant-coureurs d’un blocage.

 Une sagesse digne du roi Salomon et un coeur qui sait écouter, c’est ce qu’il faut au respectable doyen Amadou Makhtar Mbow pour départager Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng, tous deux candidats à la candidature de l’unité et du rassemblement de Bennoo Siggil Senegaal.  A cause d’une guerre ouverte entre socialistes et progressistes, la grande coalition de l’opposition « la plus resprésentative » est en ce moment empêtrée dans une crise qui pourrait hypothéquer ses chances de remporter la prochaine élection présidentielle.  Les positions sont tellement tranchées de part et d’autre de la ligne de front que la tâche du président des Assises nationales, consistant à recoller les morceaux, relève presque de l’impossible même si un miracle de dernière minute n’est pas à exclure. Si les partisans d’Ousmane Tanor Dieng évoquent la représentativité du Ps comme atout pour être désigné candidat de cette coalition, ceux de Moustapha Niasse font valoir le soutien de l’écrasante majorité des partis de Bennoo au progressiste en chef. Et pour ne rien arranger, personne n’est prêt à mettre au placard ses ambitions présidentielles au profit de l’autre. Telle est la terrible équation qu’Amadou Makhtar Mbow devra résoudre. Le comité de facilitation mis sur pied en septembre dernier pour trouver un consensus sur la question de la candidature est de fait dans l’impossibilité de remplir sa mission qui lui est assignée.

Guerre feutrée antre le Ps et l'Afp depuis les locales de 2009

Aujourd’hui que le blocage est constaté au sein de Bennoo Siggil Senegaal, il convient de rappeler que des signes avant-coureurs de cette situation étaient perceptibles depuis les débuts de cette coalition. Tout est parti de la victoire de l’opposition aux locales de mars 2009. Après un élan unitaire durant la campagne électorale, les logiques de partis ont refait surface dans certaines localités au moment de la répartition des postes de responsabilité. C’est le cas à Kaffrine, où Babacar Gaye du Pds a rafflé la mise au niveau de la présidence du Conseil régional au nez et à la barbe de la coalition Bennoo Siggil Senegaal qui était pourtant bien placée pour porter Mata Sy Diallo de l’Afp à cette station. Il faut dire qu’entre cette progressiste et le socialiste Abdoulaye Vilane, une rivalité politique avait pris le dessus. A l’élection du maire de Kaffrine, ces deux « alliés » se sont affrontés avec finalement une victoire de Vilane grâce au soutien des conseillers municipaux libéraux. Même scénario de discorde à la commune d’arrondissement de Sicap Liberté suite au décès du maire socialiste Mamadou Diop dit Pape en décembre 2010. Pour sa succession, trois membres de Bennoo Siggil Senegaal étaient aux prises. Il s’agissait de Santi Agne Sène de l’Afp, Malick Noël Seck du Ps et Baye Kébé de l’Union citoyenne Bunt bi. A défaut de consensus entre les trois « alliés », il a fallu finalement procéder au vote pour les départager. Ce qui a débouché sur une victoire du progressiste Santi Agne Sène à l’issue du second tour du scrutin. A Guédiawaye, Bennoo Siggil Senegaal s’est aussi illustrée par la discorde qui règne dans ses rangs lorsqu’il a fallu trouver un remplaçant au socialiste Cherif Macky Sall décédé au mois de mai dernier. Au total, sept candidats dont un de l’Afp et deux du Ps sont sortis des rangs de la coalition de l’opposition. Situation qui a fait que la libérale Woré Sarr s’est classée première à l’issue du premier tour. Finalement, Bennoo avait pu sauver son fauteuil au second tour avec l’élection de Cheikh Sarr de Niaxx Jarinu; mais le mal était fait. Le Pds qui ne compte que 17 conseillers municipaux dans cette ville de la banlieue s’est retrouvé avec 30 voix au second tour. Une situation qui montre que 13 conseillers municipaux de Bennoo ont été déloyaux envers leur allié politique. Cette mésentente s'est aussi illustrée dans les rangs de la jeunesse de la coalition où les socialistes se sentent marginalisés. Ce parti, en dépit de se représentativité, se trouve en effet absent du bureau de la coordination des jeunes de Bennoo Siggil Senegaal qui est actuellement dirigée par Fanta Diallo du mouvement Tekki. Si on y ajoute la guéguerre par médias interposés entre Ibraihima Sène de l'Afp et certains responsables socalistes comme Serigne Mbaye Thiam et Abdoulaye Vilane, on peut dire sans risque de se tromper qu'un climat de malaise avait fini de s'installer dans Bennoo.

Deux camps :Restauration de l’ancien régime contre Rectification de l’alternance

A la lumière de toutes ces mésententes, il ne serait pas inexact de dire que l’esprit Bennoo est loin d’être une réalité palpable. Dans l’euphorie de leur victoire aux locales de mars 2009, les membres de cette coalition ont voulu faire croire aux Sénégalais qu’ils sont capables d’engager dans l’unité la bataille électorale de la présidentielle de 2012. Ce qui implique forcement le renoncement des ambitions personnelles au profit de l’intérêt collectif. Au nom de cet idéal, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng devaient taire leurs rivalités datant du congrès « sans débat » de 1996 du Parti socialiste. Une posture trop contraignante pour les socialistes et progressistes si l’on se fie au choc des ambitions entre le Ps et l’Afp constaté depuis bientôt deux ans. A la logique de restauration de l’ancien régime incarnée par le Parti socialiste s’oppose celle de la rectification de l’alternance incarnée par l’Alliance des forces du progrès. Dans la plupart de leurs discours, les socialistes s’énorgueillissent d’être dans la seule formation politique de Bennoo à n’avoir jamais cheminé avec Wade depuis 2000. Ce qui n’est pas le cas de Moustapha Niasse qui a été pendant 11 mois le Premier ministre de Wade. Toutefois, le progressiste en chef, pour sa défense, déclare n’être impliqué dans aucun scandale du pouvoir libéral. A l’en croire, c’est après son départ du premier gouvernement de l’alternance que la malgourvenance a commencé à toucher le régime. Comme le chef de l’Afp, d’autres figures de Bennoo comme Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho, Madior Diouf, etc. ont eu un compagnonnage avec Wade au début de l’alternance. Tout ce groupe pense que l’alternance qui devait signifier une gestion collegiale et saine des affaires publiques, a été dévoyée par Wade. A préciser que Niasse dispose au sein de Bennoo du soutien sans faille d’Alternative 2007 qui avait porté sa candidature en 2007. Dans cette sous-coalition figurent, entre autres, le Pit, le Msu de Massene Niang et le Rnd de Madior Diouf. Selon certaines indiscretions Abdoulaye Bathily de la Ligue démocratique s’est rangé du côté de Moustapha Niasse. En face, sur une trentaine d’organisations et de formations politiques, Ousmane Tanor Dieng ne bénéficierait que des soutiens de l’écologiste Ali Haïdar, de Cheikh Sarr de Niaxx Jarinu et d’Ousseynou Faye de M2r.

Enfin, le rêve unitaire de Bennoo a pris fin à partir du moment où Macky Sall, Landing Savané et Cheikh Bamba Dieye ont chacun déclaré leur préférence pour des candidatures plurielles de l’opposition. S’y ajoute le départ de Talla Sylla, candidat à la présidentielle et la quasi dissidence de Mamadou Lamine Diallo qui menace de briguer la magistrature suprême si Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse ne s’entendent pas sur une candidature de l’unité et du rassemblement. A près de trois mois de présidentielle de 2012, le scénario du Tassaro n’a jamais été aussi près de se concrétiser. Reste à savoir si cette dispersion des candidatures est synonyme de débacle annoncée pour Bennoo à moins qu’elle ne soit un mal nécessaire pour assièger la citadelle libérale. That’s the question.

Farba Alassane SY

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