CANDIDATURE CONTROVERSEE DU PRESIDENT WADE:Ce que cache le séminaire du Conseil constitutionnel

Publié le par farbasy

2329155-3257014[1]Et si la récente rencontre des cinq sages avec les juristes et membres de la socitété civile était un signe avant-coureur de l'invalidation de la candidature de président Wade. Elements de réponse.

 

Le phénomène est assez rare pour susciter des interrogations, les membres du Conseil constitutionnel se sont retrouvés les  6 et 7 septembre avec des juristes, avocats et membres de la societé civile pour discuter sur les modalités de fonctionnement de cette institution. A cinq mois des prochaines échéances électorales, difficile de ne pas s'interroger sur la pertinence d'une telle demarche. Ce, d'autant plus que le Conseil constitutionnel braque en ce moment tous les regards sur lui à propos de la résolution de l'équation causée par la très controversée candidature de Wade à la présidentielle de 2012. Objets de toutes les pressions parmi lesquelles on peut citer des menaces de mort en cas de validation de cette candidature, les cinq sages sont entre le marteau du camp liberal et l'enclume du Mouvement du 23 juin. C'est dans un tel contexte de pressions politiques et médiatiques que le Conseil constitutionnel a décidé de reflechir sur ses compétentes et modalités de fonctionnement. En invitant la presse à venir couvrir l'évenement, les cinq sages d'habitude reservés ont comme qui dirait voulu lancer des messages à l'opinion publique qui les suspecte d'être des obligés du président de la République.  D'ailleurs, Cheikh Tidiane Diakhaté, le controversé président de cette institition, s'est fait à l'occasion l'avocat des sages. « A l'heure où tous les feux de l'actualité sont braqués sur notre institution, à l'heure où les esprits savants se melent aux esprits malfaisants, dissertent bruyamment sur les attributions réelles ou supposées de celle-ci sur ce que doit être sa jurisprudence, l'initiative d'organiser ce séminaire me paraît une excellente chose pour mieux faire connaître le Conseil constitutionnel », dira t-il à l'ouverture des travaux. Le ton est donné, l'objectif de ce séminaire qui ressemble plus à une campagne de communication est de redorer le blason des membres du Conseil constitutionnel et de prendre l'opinion à temoin sur l'intégrité morale de ces derniers. C'est dans cette logique qu'il faut mettre le plaidoyer de Cheikh Tidiane Diakhaté en faveur d'une juridiction citoyenne à la place d'une juririction politique. Dans le contexte socio-politique actuel marqué par l'affirmation de la citoyenneté depuis les évenements de fin juin, une telle sortie sonne comme un rapprochement avec le peuple.

 

Me Ousmaye Seye et le camp présidentiel désavoués

A l'heure où les défenseurs de la candidature de Wade à l'image de Me Ousmane Seye tablent sur l'incompétence du Conseil constitutionnel pour permettre à leur champion de prendre part à la compétition électorale de fevrier prochain, le séminaire a été une occasion de désavouer les tenants du pouvoir. Cette institution va bel et bien se déterminer sur la validité ou non de la candidature du président de la République sur la base combinée de la Constitution et du Code électorale. Par cette prise de position courageuse, Cheikh Tidiane Diakhaté et compagnie ont fait preuve d'indépendance vis à vis du chef de l'Etat à qui ils doivent pourtant leurs places. En d'autres termes, ils sont usé de ce qu'on appelle « le devoir d'ingratitude » envers Abdoulaye Wade. Un autre signal destiné à rassurer l'opposition et à tenir en respect le pouvoir.

 

Seydou Madani Sy, un ennemi intime de Wade comme rapporteur du séminaire

Toujours dans cette velleité d'indépendance par rapport au chef l'Executif, le Conseil constitutionnel  a choisi  Seydou Madani Sy comme rapporteur de son séminaire. Cet ancien ministre de la Justice sous la présidence de Diouf est tout sauf un ami du président Wade. Au contraire, les rapports entre les deux hommes n'ont jamais été cordiaux. Premier sénégalais agrégé en droit et premier noir recteur de l'université de Dakar, Seydou Madani Sy est comme qui dirait un rival pour Wade qui a certes eu son agrégation en droit mais au terme de plusieurs essais infructueux. Et comme pour corser cette inimité, c'est durant le passage de Seydou Madani Sy au ministère de la Justice que l'opposant de Wade a connu la première fois la prison au lendemain de la présidentielle de 1988. A son accession au pouvoir en 2000, Abdoulaye Wade a attisé cette animosité en refusant de recevoir en audience Seydou Madani Sy devenu entre temps médiateur de la République. Ce qui est contraire à la réleglementation qui prévoit que le président de la République doit recevoir chaque année un rapport d'activités de la Médiature. Il s'en est même fallu de peu  pour que cette institution ne soit dissoute. De son côté, Seydou Madani Sy ne se gêne pas pour critiquer ouvertement la gestion du pays par le pouvoir libéral. Interrogé en mais 2009 sur le mode de gouvernance de Wade, il répond: « Quand je regarde les cafouillages qui ont suivi la formation du gouvernement ; des ministres qui sont remerciés et qui reviennent dès le lendemain, on est obligé de se poser des questions. Oui, je suis inquiet ». En choissisant une telle personnalité pour diriger les travaux de son séminaire, le Conseil constitutionnel veut s'affranchir de la tutelle de Wade. Une posture qui pourrait impliquer un rejet par les cinq sages de la candidature du président de la République, conformemment à l'avis de l'écrasante majorité des constitutionnalistes sénégalais. Reste à savoir si Cheikh Tidiane Diakhaté, Issac Yankhoba Ndiaye, Siricondy Diallo, Chimère Malick Diouf et Mouhamed Sonko derniers iront jusqu'au bout de leur logique.

Farba Alassane SY

 

 

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